EmbrunMan 2017
Posted by: admin | on avril 14, 2018
Parce qu’il en fallait un premier, parce que c’est le plus beau a ce jour, parce que j’ai envie..

J+7 déjà…
Les images repassent dans ma tête :
La nuit, l’envie de démarrer, ça y est je suis prêt, je n’entends plus le speaker, j’attends le coup de feu, je ne vois plus les autres, je ne regarde que le lac. Pan ! C’est parti, je me jette à l’eau (au sens propre comme au figuré), ça bagarre un peu, c’était prévu. Ce n’est pas grave. Je suis entrainé pour ça, je garde la tête hors de l’eau, nage « water-polo » sur une cinquantaine de mètres, et puis plouf, la tête sous l’eau je n’entends plus que le bruit de l’eau sur mes oreilles et ma respiration. Nage en deux temps, c’est le début, faut ouvrir les poumons…Penser à regarder devant, apercevoir les bouées au loin, je suis dans l’axe, c’est bon. Deuxième bouée, 400m, passage en 3 temps, je peux voir les deux côtés du lac…comme elle est belle cette montagne avec le jour qui se lève ! Demi-tour, retour vers la plage, 1000m, j’attaque la nage en 4 temps, les temps de silence s’allongent, je suis dans le rythme, je suis bien, regarder devant, voir les bouées, je suis dans l’axe…c’est bon. Fin du premier tour, 1800m, il fait jour maintenant. Je regarde au loin, je vois la plage et les supporters déjà nombreux. La bonne nouvelle, je ne me suis pas fait laper sur le premier tour, j’ai progressé en deux ans ! Deuxième tour, au calme, je reste dans le rythme, alternance 3-4 temps, regarder devant, je suis dans l’axe…c’est bon. Demi-tour, dernière ligne droite, reste 900m, une paille ! J’accélère un peu, alternance 4-5 temps, regarder devant. Dernière bouée 3700m, j’ai maintenant le droit de filer vers la plage, je mets des jambes, histoire de faire redescendre le sang dans les membres inférieurs. Les saumons sont de retours, les nageurs accélèrent, ça sent la fin de la nage. Ça y est, je touche le sol, je me relève, titube. Après 1H20 de nage, revenir au vertical est étonnant, les jambes n’étaient pas prêtes…Je reprends mes appuis, ça passe. J’arrive sur la plage, il y a du monde, retrait du haut de la combi, « sourire » pour la photo, un thé chaud au ravito en passant et c’est parti, direction allée 19.

Je retire la combi, il y a encore des coureurs partout. Habillage pour le vélo, tout est prêt, les poches et les sacoches pleines de nourriture et de matériel, j’accroche les chaussures, je cours. Je vois les juges qui indiquent la ligne de montée sur le vélo, je saute sur ma monture, évite un participant qui a du mal à caler ses chaussures, j’appuie sur les pédales…ça part ! Premier virage, c’est plat, deuxième virage…c’est plus plat ! C’est parti pour 7 km de montée à froid. Ce n’est pas grave, pour se chauffer il y a les supporters, nombreux dans les rues d’embrun. Ça y est on sort de la ville, c’est plus calme. J’ai reconnu cette partie la veille, je n’ai pas peur. Ça monte, encore, la vue se dégage, je regarde le lac en bas…On a déjà monté tout ça ? La montée se calme, je relance, je regarde le compteur 8Km, plus que 180 ! Et après ? Après c’est plus de 8H sur le vélo, je passe mes points de repères les uns après les autres…La route qui surplombe le lac, la descente, rapide, virages serrés, 72Km/H. A cette vitesse, le lac se rapproche vite. On revient sur la Nationale, pont de Savines, tiens du vent…Ligne droite vers Embrun, posé sur les prolongateurs, je profite de ces faibles dénivelés pour envoyer du braquet. Les jambes sont bien, je mange, je bois. Ravitaillement a 35Km/h, je jette une gourde, j’en attrape une autre, Ils sont efficaces ces bénévoles. J’aperçois le rond-point des Orres, il y a du monde… Virage à droite ça crie, j’entends mon nom, c’est Parrain et Marraine, je salue, je suis bien. Virage à gauche ça y est c’est parti vers l’Isoard. Les points de repères encore, St Clément (coucou mon fils), Guillestre, les Gorges du Guil, c’est magnifique mais ça monte quasiment tout le temps. Je vois passer les voitures, tiens mes parents, je souris, ça fait du bien. Ils se relaient avec Parrain et Marraine. Je continue de monter. Ravitaillement d’Arvieux, dernier avant l’Isoard, j’ai à manger, je prends à boire, je ne m’arrête pas. Ça monte, c’était prévu. Je monte doucement, au rythme des lacets. La douleur et la fatigue commence à se sentir sur les visages des participants, je dois faire de la peine à voir ! Casse-Deserte, sommet a 3Km, sourire pour la photo, sommet, ouf !

Prise du ravitaillement, un bon casse-croute au poulet…Je remplie ma pochette et mes poches de nourriture, je passe mon coupe-vent, fais des photos, ambiance détendue en haut. C’est parti pour la descente. J’ai pris soin de partir seul, je veux me faire plaisir. Ça descend longtemps, vite 86Km/h. J’essaie de profiter de la vue, mais a cette vitesse, mieux vaut soigner les trajectoires ! Arrivée à Briancon, fin de la recréé. Ça tombe bien, ça commençait à piquer dans les bras ! Il reste environ 60Km, vent de face. J’éteins le cerveau qui me dit que c’est la merde ! Je déroule…Les Vigneaux, Pallon (Put… ça monte encore), Réotier, on redescend vers la Nationale, mon point de repère pour la fin du parcours. On repasse à St Clément (Coucou mon fils !). C’est devenu roulant, pas de grosse montée tout de suite, j’appuie sur les pédales, ça répond, je reprends de la vitesse et des concurrents, ça commence à parler délais quand je m’arrête aux ravitos. Je suis bien, je retourne vers Embrun. Retour dans Embrun, tiens il y a de nouveau des spectateurs, ça m’avait manqué…Première montée, bon rythme, je passe facile, et puis le panneau « Chalvet ». C’est la dernière, mais elle pique ! La montée est longue, elle est raide, on est fatigués. J’entends des bouts de phrase, encore 1Km, plus que deux virages…et puis enfin le ravito au sommet. Je prends à boire, je mange un peu, et je me jette dans la descente…Aie ! la route est degeu, trous, gravier, c’est chaud ! Et puis d’un coup, le billard, il reste 4Km de descente, je lâche tout ! et ça y est j’arrive au lac, virage à gauche, virage à droite, le parc à vélo est devant moi, l’arche d’arrivée aussi, mais pour cette fois je vais passer à côté. Je descends du vélo…Aie, j’ai les fesses en vrac. J’entends que Zamora a déjà fini, il a gagné une sixième fois ici, la première femme est aussi arrivée, mais ce n’est pas Charlotte Morel, déçu…Je pose le vélo, je vois deux t-shirts rouges qui me propose de me masser les jambes…comment refuser !
Massage, je parle un peu, je mange, je bois, je chausse les baskets, c’est parti pour 42Km et quelques, je regarde le temps, ça devrait passer si je ne traine pas trop. Je fais coucou à mes accompagnateurs, je suis bien. Je décide de compter les tours plutôt que les KMs, ce sera moins démoralisants. Je sors du parc à vélo et je monte sur la digue, c’est parti ! Il y a du monde, beaucoup de monde. C’est de la ligne droite, c’est long…Le temps de finir cette ligne droite que je la regrette, maintenant ça monte ! Je m’arrête maintenant à tous les ravitaillements, ça monte encore, encore, on arrive dans la ville, sourire pour la photo (je fais ce que je peux !)

Je vois du monde, ça crie à mon passage, certains se font accompagner en vélo ou en courant, je commence à voir des gens marcher. Mais eux ils ont déjà un voire deux bracelets, ils sont dans leurs deuxième ou dernier tour, et puis on commence à entendre des personnes qui se résignent, qui souffrent, qui crampent…j’éteins les oreilles, je regarde devant moi, la montagne magnifique mais tellement exigeante. 1er tour fini, 1H40 au 14 Km, j’ai déjà fait mieux ! Je prends mon premier bracelet, un coureur décale à droite, il passe l’arche d’arrivée, il a fini, on en est à 12H et quelque de course. Je calcule, je finirais de nuit, hop je reteins le cerveau. Je fais coucou, je repars pour le deuxième tour. Mêmes contraintes, même rythme, je cours sur le plat et les descentes, je marche dans les montées. Je vois certains coureurs tomber, tétanisés, en hypoglycémie ou déshydratés, les secours arrivent vite, ils sont bien organisés ces bougres ! Je mange, je bois, je ne finirais pas ma course comme ça. Ligne droite de la digue, qu’elle est longue, je ne regarde toujours pas les Km à la montre, je sais qu’à la fin du deuxième tour il m’en restera 14. Fin du deuxième tour, je prends mon second bracelet, je prends mon sac de ravito personnel. Dedans 1 sandwich, deux bananes, deux compotes à boire. J’interroge l’estomac, il m’insulte, je prends les compotes. Je regarde la montre, il est 20H, j’ai réussi, je ne peux plus être hors-délais, je souffle, je suis bien…Je m’arrête discuter avec mes fans, ma décision est prise je vais ralentir le rythme, « vous pouvez aller manger RV dans 2 heures sur la ligne ». Je repars en marchant vite, je remonte sur la digue, c’est reparti, je recours…La nuit tombe au fur et à mesure que j’avance sur ce dernier tour, je ne relance plus entre les montées, j’attends la descente et le plat. Je ne peux plus rien manger ni boire, mes intestins me supplient d’arrêter, je réfléchis…tiens j’aussi mal aux bras, ils sont irrités par les frottements sur la combi, j’ai deux steacks a la place des fesses (souvenir du vélo), la combi collée sur les plaies…j’éteins. Il fait noir, je double un concurrent, il est perdu, il pense avoir raté une intersection, je le rassure, je ne suis pas sûr qu’il soit encore très lucide ! Virage à gauche on rentre sur un chemin caillouteux, je n’y vois rien, je décide de marcher. J’entends les accompagnateurs des autres concurrents qui parlent pour les motiver. Sorti du chemin, il reste 5 Km, j’interroge les jambes, elles m’insultent, je n’écoute pas je relance. Ça pique mais ça passe, retour sur la digue reste 4Km de ligne droite. C’était déjà long de jour, mais de nuit c’est treees long. 2Km, un feu d’artifice commence sur l’autre rive, c’est joli, j’oublie la douleur. Et puis je commence à entendre le speaker, ça sent bon. 1 Km passage sous le pont, ça descend (Aie les cuisses), ça remontes (Aie les cuisses), c’est plat. Je vois les lumières, le parking…le parc à vélo, on commence à revoir la civilisation. Virage à droite, ça descend, je longe le parc, je vois les concurrents qui ont fini sortir leurs affaires du parc, « attendez-moi les gars j’arrive » ! Virage à droite, le tour de la piscine…(Pourquoi le tour de la piscine, il n’y a pas de pas de piscine)…J’ordonne à mon cerveau de se taire, je veux profiter, les gens crient, encouragent, c’est bon ! Virage à gauche, l’avant-dernier, des mains se tendent, je tape dedans, une Holà démarre, c’est bon ! Virage à gauche, je vois l’arche, cette fois-ci elle est pour moi, je décale à droite dans le couloir d’arrivée, j’entends des félicitations, j’entends le speaker qui crie mon nom, j’entends mon cœur, je passe : 16H10…c’est fini !

La médaille, le T-shirt, un autre concurrent arrive. La famille est là, ils sont aussi heureux que je suis épuisé. C’est vraiment moi qui leur procure autant d’émotions, j’ai dû faire un truc ? Oui j’ai fait un truc, j’ai fait l’EmbrunMan, cette épreuve mythique qui fais rêver autant qu’elle fait peur ! Cette épreuve m’a procuré tellement d’émotions, des mauvaises il y a deux ans, des extraordinaires cette année. Des émotions sportives que seule ce type d’épreuve peut procurer, celles où l’on va au bout de soi-même. Celles où le corps et l’esprit se séparent pour survivre, celles qui une fois finies te font dire « Faut être con quand-même… je recommence quand ! »

Merci à ma famille, mes amis, mes collègues qui m’ont soutenus et supportés pendant la préparation et a Cyriaque Barthet et Evelyne Barthetpour le soutien logistique, la mise dans de bonnes dispositions et l’accompagnement tout le long du parcours avec Parrain et Marraine.
J+7… déjà ! Ce matin j’ai repris mon vélo pour aller travailler, un cycliste anonyme, les jambes répondent. Ce n’est pas fulgurant, mais ça pousse, ça pousse, ça accélère…je suis bien !