Mois : septembre 2021

 

Bearman DNF : La marmotte qui voulait être un ours

Habituellement, je ne rédige pas de CR sur un DNF (j’en ai pas des masses non plus), mais cette fois j’ai envie.

Les Aventuriers

D’abord ce type d’épreuve c’est avant tout une aventure humaine. Et pour une aventure, il y a des aventuriers. D’abord les aventuriers volontaires. Mes parents bien évidement. Volontaires et enthousiastes a chacun de mes Iron-Man. D’une efficacité redoutable. C’est bien simple, je monte dans le camping-car, descend, je fais ma course et je remonte dans le camping car. Entre les deux « le gamin » a juste a profiter du trajet, de la cuisine, de la logistique et le reste. Pour cela je ne dirais jamais assez merci. Christine qui s’est déplacée cette année dans les Pyrénées et qui a piloté sur des routes (no spoil) pour me suivre dans la montagne. Ludy et Marc qui sont venus en pas tout a fait voisins pour m’encourager. Les aventuriers involontaires que sont Sandra et les enfants et qui subissent ce qu’implique une telle préparation (temps passé a l’entrainement et sur les courses de préparation, organisation pour la semaine de courses, menus…). Ainsi que tous ceux qui gravitent plus ou moins près et qui vivent ou subissent ce sujet en écoutant (ou juste font semblant) les discussions, m’encouragent, s’extasient, ou juste s’intéressent. C’est toujours impressionnant de voir comment une « simple » course fait parler. Merci a toutes et tous.

Allez trêve de bla-bla on passe au CR

« Vous avez tous votre place a l’asile ! » Ludy

Le départ natation est très impressionnant. Pour les participants certes mais pour les spectateurs encore plus je pense.

Contexte, il est 6H30, il fait nuit noire, on aperçoit pas l’eau, on distingue des lumières sur des bouées aux 4 coins du plan d’eau. Dans le parc on est un peu moins d’une centaine. Je suis arrivé vers 5H15. Le check-in est assez rapide, de toute façon on ne voit rien ! Je commence a préparer mon matériel, installe mon vélo, mange un peu, commence a placer mon matériel. Premier coup de pression, je ne trouve pas mon bonnet de bain. J’essaie d’appeler au camping pour savoir si quelqu’un le trouve et de voir avec l’organisation si il en ont un en plus. Petit coup de panique, j’ai mis plus d’une heure a préparer le matériel hier, comment j’ai pu passer a coté ? Je revide tout, et le trouve finalement au fond d’un des sacs de l’organisation, au même moment ou Papa me rappelle pour me dire qu’il ne le trouve pas au camping. Avertissement sans frais !

Briefing au micro de l’orga et des arbitres, on se rapproche de l’heure du départ. Donc chacun termine d’enfiler sa combi (eau a 24°) et de mettre son bonnet avec une petite lumière dedans. Bah oui c’est la que ca devient drôle. Nous avons tous une petite loupiote dans le bonnet afin d’êtres vus. Les spectateurs ne voient donc que ces lumières bouger dans l’eau ! Départ dans l’eau, dans quelques minutes, on s’aligne, le feu de bengale s’allume, il reste reste 1mn.

Pan ! Top départ !

Je suis tellement concentré sur la natation et sur le besoin de trouver des repères dans le noir, que j’oublie presque de profiter de l’instant. J’y suis, j’ai attendu ce départ depuis 1 an, et je viens de passer a coté. Pas de poussée d’adrénaline particulière, juste de la concentration. Et il en fallait. 1 tour dans le noir complet. A tel point qu’a la fin du premier tout j’ai failli me taper ….une ile ! Oui alors hors contexte cette phrase ne veut rien dire, mais essayez donc de nager dans le noir vous !

Le jour commence a se lever au début du deuxième tour, je commence a distinguer les bouées un peu en avance. Je me sens bien j’ai un rythme correct et le jour commençant la natation se termine, presque trop vite.

Au moment de me relever les sensations sur les jambes sont bonnes, je regarde la montre, 1H16, je suis dans les temps que je m’étais fixé donc tout va bien. J’essaie de trouver mes supporters qui étaient là avant le départ, je ne les voient pas. Je vais me changer pour commencer le vélo, mange un peu, le cameraman me filme un peu, je jette ma combi dans le sac décroche le vélo et en route. Le speaker annonce mon nom a la sortie du parc, et j’ai comme un écho mais avec une autre voix, une voix connue. Ah oui mes supporters me courent après. J’ai appris ensuite que de toute façon ils ne voyaient rien et qu’ils étaient partis faire des sandwichs ! Ils sont donc revenus juste a temps pour me voir partir.

« Même la voiture elle a du mal » Papa

Début du vélo, quelques kilomètres de plat avant d’entamer la montée. J’ai reconnu le début la veille et constaté que le D+ au début est moins violent qu’a Embrun. Par contre Embrun on montait sur 8Km avant d’arriver sur un plateau, la on part sur 30Km. Donc je monte. Il fait beau et doux. La voiture suiveuse me double régulièrement. Je me fais doubler par quelques coureurs. De temps en temps un petit replat permet de soulager les jambes. J’arrive au Col D’En Xatard, je bifurque et monte encore un peu. Puis la descente commence. Mais moi qui pensait me venger de ces dejà deux heures de route déchante rapidement. La route est dégradée. Impossible de prendre de la vitesse. Entre les virages serrés et la qualité du bitume je doit rester hyper concentré et très tendu. Et moi qui pensait descendre jusqu’à Amélie, c’est raté. On reprend des passages de montées entre deux descentes. En somme, je ne me repose pas et je ne m’amuse pas dans la descente. Je m’use, certes moins que dans la montée, mais durablement.

« Avant qu’il pleuve » Christine

Retour a Amélie-les-Bains, Km 50. Je retrouve mes accompagnateurs près du parc a vélo. Je mange un peu et on fait quelques photos. Tout le monde est encore frais. il fait encore beau. Inquiétude de la pilote du jour car pour repartir la route participants et la route accompagnateurs n’est pas la même. Je repars en repassant devant le parc/gymnase de T2. Je vois des participants qui s’y arrêtent. On a le droit d’y rentrer récupérer du matériel (une des particularité de l’épreuve). J’estime ne pas en avoir besoin. J’ai encore de la nourriture dans les poches et je prévois d’être au prochain ravito bouffe vers 14H.

Je repars donc sur du quasiment plat pendant plusieurs km, on sort d’Amélie, traverse Arles-sur-Tech et on commence a remonter. En recommençant a rouler j’entends un claquement a la roue arrière. Je m’arrête vite fait et remarque que j’ai cassé un rayon. Certainement un choc lors de la descente sur Amelie Je le laisse comme ca pour l’instant. 25 Km de montée pure, et dure. Le temps passe plus vite que les Km. Je monte doucement. Le ciel se couvre maintenant. Que dis-je, se bouche. On aperçoit plus du tout les sommet. Christine me glisse en passant « vite avant qu’il ne pleuve ». Déjà je fais ce que je peux, et puis je me suis fait a l’idée, on va prendre la pluie. On ne sait pas encore combien, mais on va en prendre. J’arrive au dernier virage de la montée, la voiture est la. Je vois des coureurs qui étaient juste devant moi commencer a redescendre. Redescendre…j’ai vu l’état de la route en montant, je sais déjà que je vais galérer surtout si il pleut. Je ne suis donc pas si loin du sommet. Par contre le dernier bout est hyper raide. J’arrive en haut. Demi tour et arrêt tout de suite à une fontaine. Je rempli les gourdes, mange, enfile le K-Way et démonte le rayon cassé. Le bruit m’a fait chier pendant 2 heures et puis j’ai peur qu’avec la vitesse de la descente il ne vienne claquer sur le cadre. Je repars, retrouve la voiture au premier virage (le dernier de la montée, faut suivre 🙂 ). Je m’arrête discute 2 mn et entame la descente. Quelques minutes de descente et mon pneu avant éclate. En ligne droite heureusement. J’arrive a maitriser le freinage mais pas la frustration. Je hurle seul dans la montagne. Ca ne sers à rien. A par évacuer un peu. Mes accompagnateurs me retrouvent donc a la sortie d’un virage, en bord de route, vélo a l’envers. Ils ne peuvent pas s’arrêter car la voiture gène. Donc je leur dis que tout va bien et qu’ils peuvent aller déjeuner. Mais clairement intérieurement c’est compliqué. Je ne peux réparer que deux fois, si je ne m’applique pas ici, je met en péril l’épreuve. J’ai les mains froides d’avoir commencé la descente et je dois vraiment me concentrer pour être certain de ne pas faire n’importe quoi. Je savais que la descente ne serait pas reposante, je viens de comprendre qu’elle serait galère. En effet je repars et il commence a pleuvoir. Je double la voiture arrêtée sur le bord de la route, et la famille mange. Moi j’ai la dalle et je suis au Km 90. Il m’en reste 30 avant le ravito. Vu mes temps de passage, je sais que je serais clairement pas dans les temps prévus. Je m’arrête manger une barre quand je trouve un abri car la pluie commence a forcir. Le temps de manger, ce n’est plus de la pluie mais de l’orage. En quelques minutes les caniveaux dégueulent. Je suis déjà trempé, à quoi bon se cacher. Je repars. Ah non fausse alerte, j’ai déraillé en m’arrêtant la chaine est coincée entre le pédalier et le cadre. Tellement coincé que je met quelques minutes à la remettre

Je ne vois pas grand chose, j’ai de la buée sur les lunettes. Je freine beaucoup dans la descente et relance peu. Je commence également a avoir mal au poignet gauche. Je me dis que c’est la montre qui me gène. J’essaie de ne pas y penser. Je suis bien content d’avoir des freins a disque, même si ils couinent fort sous la pluie. Je redescend vers « Le Tech ». J’ai un autre participant derrière. Je le sais ses freins couinent aussi :-).

Arrivé a « Le Tech » il y a bénévole pour m’indiquer la route, mais il se trompe de route ! Donc je pars a gauche, me fait rappeler par mon copain de couinage, demi-tour, et on repars a droite. Je vois un panneau « Prats de Molos ». Le temps de me dire « cool bientôt la bouffe » et je remarque le fléchage de la course qui part a droite « Col de Sous ». Fait chier. J’en peux plus de monter, j’en peux plus de la pluie et je commence sérieusement a me demander ce que je fous la. Je serais quand même mieux sur mon canapé !

Mais il faut monter alors je monte. Mon copain de galère s’est arrêté manger un bout au début de la montée du col de Sous. Donc je monte seul avec la pluie. Je rattrape un binôme. Je suis content. Mais il s’agit de participants du half, donc je ne sais pas si je dois être content. Contrairement aux autres ascensions je n’ai pas repéré spécifiquement cette montée. Donc je ne sais pas si elle fait 2km ou 10. Tout ce que je sais c’est qu’on a passé les 100 km de route et que le ravito est au 120eme. Mes supporters me rattrapent. C’est quasiment la seule voiture suiveuse que je vois et en plus maintenant je repère le bruit de la voiture de Christine. Ils me doublent, mais a priori eux aussi en ont marre. Les fenêtres ne s’ouvrent quasiment plus. La buée cache leurs visages. Je les récupère un peu plus loin, ils se sont arrêtés. Mais maintenant ils ne descendent plus de voiture, je vois juste une main sortir par la fenêtre entre ouverte. Ca me fout un coup de les voir au « chaud » pendant que je trime sous la pluie mais comment leur en vouloir. Ils étaient venus pour une balade sympa dans la montagne et ils se retrouvent a galérer plus de 10h sous la pluie. Malgré cela ils continuent de me suivre. Ils sont la avec moi. Je dois me servir de ça. De toute façon honnêtement il ne me reste plus grand chose d’autre.

« C’est dur ? » Maman

J’arrive au ravito de Prats de Molo, enfin. Je vais pouvoir manger du salé, enfin. J’arrive avec mon copain de couinage qui m’a rattrapé. On discute un peu, avec les organisateurs également. Lui il a fait l’épreuve l’an dernier, il me décrit un peu la fin du parcours. Il reste les 13km de montée du col d’Ares de la descente, une « petite » montée de 3km et tout schuss jusqu’à Amelie. Je l’écoute distraitement en mangeant et en prenant une boisson énergétique. D’autres participants arrivent derrière nous. C’est cool, je ne suis pas dernier. Ludy est partie chercher une boisson chaude. On discute aussi avec Papy qui m’explique que si je crève deux fois je devrais abandonner. Honnêtement je n’ai pas envie d’entendre ca maintenant. Je veux juste me dire qu’il me reste 60km de vélo dont environ 40 de descente. J’en profite pour desserrer un peu ma montre et a faire un peu bouger le poignet. Bon ce n’était pas la montre qui gênait. J’ai le poignet endolori et il devra rester comme ca. Par contre je repère que mon comparse a changé de K-way pour aborder la montée. Il en avait prévu un second dans son sac ravito. Malin ! Je pars sur la montée du col d’Ares. Il pleut toujours. Je me demande si je dois ouvrir mon k-way pour évacuer la transpiration ou le laisser fermé pour la pluie. Etre mouillé de l’intérieur ou de l’extérieur, tel est le choix qui m’inspire a ce moment. C’est dire ou j’en suis !

L’avantage de cette montée c’est qu’il y a des bornes tous les Km qui énoncent la distance et le dénivelé déjà parcouru, et comme je traine ma carcasse, j’ai le temps de calculer ce qu’il me reste. J’ai de vrais repères contrairement aux autres cols. Contrairement aussi aux marquages au sol de l’organisation qui ont systématiquement 10km d’avance par rapport a mon compteur. La voiture me redouble plusieurs fois. De nouveaux ils ne sortent plus de la voiture. Dernier arrêt a 3km du sommet, je m’arrête un peu a coté d’eux. Sors 2 ou 3 blagues histoire de me changer un peu les idées. On a mangé quasiment tout le dénivelé au début donc la cote est moins raide. Mais les cuisses elles sont dures. J’ai froid. On est a 1400m d’altitude. Je repars avec l’intention de finir vite cette ascension qui sera la dernière vraie. Avant la vraie descente. La route est large pour redescendre. Pas toujours propre mais au moins large. Je vais pouvoir au moins jouer sur mes trajectoires. J’arrive au sommet. Une personne de l’orga qui m’indique de faire demi-tour, mais attention, des voitures arrivent en face. Je m’arrête un peu en haut avec la famille, mais il fait froid et de toute façon l’horizon est tellement bouché qu’il est désagréable de rester en haut. J’entame la descente.

J’ai vu que le début de la descente était propre et large alors que le bas est large mais avec des passages de gravillons. Donc je m’applique en haut sur les trajectoires histoire de m’amuser un peu quand même. Je prend un peu de vitesse, mais du coup les doigts refroidissent. Je descend vite, j’arrive sur les passages sous les arbres et avec des gravillons. Par contre je ne sens plus les leviers de freins sous mes doigts. Je plie et je dose avec la réaction du vélo, mais mes doigts ne sentent plus rien. J’ai un reflux gastrique, j’ai peut-être un peu trop mangé au dernier ravito. Je m’en fout c’est la première fois de la course ou je m’amuse un peu ! Je reviens au ravito de Prats. Je m’arrête pour reprendre des compotes. Je ne tente même pas le reste de sandwich, l’estomac n’est déjà plus en état. Je ne reste pas longtemps. En repartant j’entend un des participant qui décide d’arrêter. Il est dans une couverture de survie et a l’air mal en point. Je me demande quelle tète je dois avoir. Ludy répondra a la question plus tard, en haut du col d’Ares je faisait peur !

Je repars donc direction Amélie, on suit une belle route, majoritairement en descente. Je reprend deux participants. Je suis soulagé de rouler un peu au calme, même si il reste la pluie. Et puis d’un coup le marquage au sol indique une bifurcation. Et merde on va encore aller sur de la route défoncée. Moi je voulais juste rentrer a Amélie et poser le vélo. J’ai le cul en compote, des douleurs aux adducteurs a chaque fois que je dois me lever de ma selle je souffre, et encore plus quand je dois me rassoir. A ce moment le mental est censé reprendre le dessus, mais je suis arrivé sur la dernière montée de 3km. Et la j’en ai marre de monter et de me trainer, j’en ai marre de prendre de la pluie a travers la tronche. Sous les arbres les grosses gouttes des arbres qui tombent sur mon casque rythment la montée Je laisse passer ce mauvais moment. De toute façon je suis au milieu de nulle part, dans la foret, sous la pluie, Qu’est ce que je peux faire ? J’arrive a un croisement qui reprend une route plus acceptable. Il y a une source, je reprend de l’eau car ça fait plus de 60 Km que je n’ai pas fait le plein des gourdes. Et puis je repars, encore. Maintenant je sais que je suis a 20km de l’arrivée, tout en descente. Alors Go. Je relance. Je relance même assez fort, grisé par la vitesse. Nouvelle intersection, on récupère une route principale. D’un sens c’est bien, d’un autre il y a plus de véhicules et je me fais allègrement arroser par ceux qui me doublent. Mais bon trempé pour trempé ! Je reviens a Arles-sur-Tech, entre dans Amelie, reprend la piste cyclable qui m’emmène au gymnase. Je commence a voir des participants qui sont sur la course, ça sent bon. Je vois l’arbitre près du gymnase, mais je dois me détendre les jambes avant de poser le pied par terre. Je lâche le vélo pour le laisser a un bénévole. J’ai l’impression d’avoir 80 piges. Les jambes durcies, le dos qui ne se redresse pas tout a fait, j’ai froid partout et surtout aux pieds. Je ne me rendais pas vraiment compte, mais marcher avec chaussures et chaussettes trempées me le rappelle.

Vélo fini, J’ai mis un peu plus de 11H pour 10H de déplacement, il est 19H passé soit bien plus que prévu. Allez, c’est fini ! Je vais m’assoir sur une chaise et préparer la CAP.

Je commence par me déshabiller le plus possible. Les chaussures, les chaussettes, les mitaines et le KWay. Bouger le poignet me fait mal, notamment quand je force sur les chaussettes et les mitaines. J’ai froid aux mains. Non j’ai froid partout. On est plusieurs dans le gymnase, certains en sont au même point que moi, certains sont a la moitié du parcours CAP et certains finissent. Mais tous ont ce point commun. La fatigue extrême que l’on lit sur les visages. Je remarque aussi que tout le monde se change. Ceux qui finissent le vélo retirent la tenue vélo. Ceux qui sont a la moitié de la CAP se changent aussi partiellement ou complètement, changeant même de chaussures. Ils ont tous prévu du matériel sec a différentes étapes de l’épreuve. Pas moi. Je suis en trifonction et je n’en ai qu’une. Donc je vais garder ma tenue froide et mouillée et juste changer ce qui va au-dessus. Je reprend une boisson énergétique mais je n’arrive pas a manger. Pourtant j’ai tout ce qu’il faut. Autant sur le matériel, j’ai sous-estimé, autant sur la bouffe j’ai vu large. J’enfile des chaussettes sèches et les baskets. Passe un coupe-vent et mon sac de trail. Deux flasques remplies d’eau dedans. Je ne prend pas de boisson énergétique, j’ai peur de ne pas la supporter. Je met la lumière dans le sac. Il fait encore a peu-près jour. Une casquette pour la pluie et Go.

« Allez David » Collégial

En sortant je croise la famille devant l’arrivée, étonnés de me voir la. Papy me raconte une histoire de GPS qui décorne, mais j’ai récupéré un peu a la pause, j’ai un sursaut de forme, je préfère partir vite. Ils crient « Allez David » alors le speaker reprend « Allez David » je fais le malin avec les bras en l’air et je cours un peu le long du Tech. 1km passe bien, je rentre dans la ville en passant devant des terrasses, ca me rappelle un peu Embrun. Je monte un peu dans la ville et d’un coup j’arrive devant un mur. Le parcours longe les Termes, je passe en marche, mais même comme ça je galère. J’arrive sur un chemin caillouteux qui monte sec aussi, mais qui en plus glisse. Il pleut toujours. Comme le chemin est impraticable, je pense a envoyer un message a Ludy pour la prévenir de mon heure de retour au gymnase. Je range le téléphone et je continue a monter. Je reviens sur de la route mais toujours étroite et de mauvaise qualité. Je longe maintenant des ravin. Il pleut toujours. Je m’en veut d’avoir mis un coupe-vent alors que j’avais un Kway dans mon sac. La nuit tombe, j’enfile ma lumière. Et je continue de monter, dans le noir, sous la pluie. J’essaie de courir un peu mais c’est compliqué, les cuisses sont raides. J’ai froid. Je croise des participants qui redescendent. Je ne suis pas franchement frais ni physiquement ni mentalement. A ce moment je reçois un SMS de Ludy qui me demande de préciser mon horaire de retour. J’essaie de l’appeler, mais la connexion est difficile. J’essaie d’envoyer un SMS mais avec les doigts mouillés sous la pluie dans le noir, je galère. Je fais une croix sur l’orthographe et la grammaire mais il faut que l’horaire passe bien. Si un instit relis ce SMS un jour, on me retirera tous mes diplômes ! J’envoie, remet le tel dans la poche et repars. Je suis dans de la foret toujours sur une route très étroite et très accidentée. D’un coté la falaise, de l’autre le ravin. Quelque temps après, je ressors mon téléphone par acquis de conscience et constate que le SMS n’est pas parti. Fais chier, ils vont peut-être attendre en bas alors qu’ils pourraient aller manger. Il est presque 21h et ça me taraude. Je monte toujours dans le noir et sous la pluie en réessayant régulièrement d’envoyer le SMS. Je passe devant des maisons, je me dit qu’ici je dois avoir du réseau, bah non toujours pas. Je relève la tète et aperçoit une lumière en altitude, mais loin et très haut. Et je réalise alors. Il n’y a pas d’autres raison possible de voir une lumière blanche qui sautille dans la montage qu’un autre participant. Mais ca me parait tellement haut et loin. Faut vraiment que je monte là-bas ? Je vous spoil : oui. Le moral de moins en moins bien, je continue de monter sous la pluie, au rythme des éclairs réguliers sur le massif. Toujours en train d’essayer d’envoyer mon SMS. D’un coup mon téléphone se met a vibrer, je reçois des notifications. Je m’arrête pour profiter de ce petit bout de réseau et envoyer mon SMS. Ca c’est fait, je suis un peu soulagé. Je vais pouvoir me concentrer sur moi. Et il y a du taf. Je croise encore régulièrement d’autres coureurs. Je suis encore dans la course. Mais maintenant on se croise en silence. Il n’y a plus d’encouragements. De toute façon, j’ai la gorge sèche quand j’essaye de parler c’est un râle rocailleux qui sort. Au détour d’un virage je vois une indication au sol. Demi-tour a 2km. Je reprend un peu de confiance. J’essaie de me concentrer la dessus. Demi-tour a 1km. « Allez bientôt tu pourras recourir dans la descente ». Demi-tour.

J’ai monté mes 10km ! Plus que 30 ! Je suis a environ 800m d’altitude enfermé dans les nuages a presque 22H sous la pluie. Je me les caillent ! Je repars en trottinant dans la descente, mais les cuisses sont très raides sur les appuis et la descente n’est pas reposante non-plus. Surtout que de nuit, il faut être concentré sur toutes ses foulées. Je descend et croise des participants qui montent. Je pourrais presque être content de savoir qu’il y a du monde derrière moi, mais je n’en suis même plus là. J’arrive à une source en même temps que deux coureurs que j’ai rattrapé dans la descente. J’essaie de leur parler, mais à priori ma voix et trop faible et ils ne m’entendent pas bien. Je me baisse pour remplir mes flasques et boire à la source. Et quand je me redresse, je titube. Un bon gros vertige des familles. Je titube encore un peu et zig-zag sur la route, en me rapprochant doucement mais surement du ravin. Je reprend mes esprits et repars en courant. Mais les cuisses ont de plus en plus de mal à me maintenir debout pendant la descente. Je reviens tant bien que mal sur la partie chemin. Mais ca glisse énormément, les cailloux sont toujours la et maintenant il fait nuit. Je glisse a plusieurs reprises. Mais la mes cuisses ne rattrapent plus mes appuis glissants. Je manque de m’écraser plusieurs fois. Je reviens sur du bitume, sur le mur à coté des termes, je ne peux quasiment plus fléchir mes cuisses et je descends les jambes quasiment tendues. Ca fait mal. Trop mal. J’ai toujours aussi froid. C’est trop, trop pour moi. C’est décidé, il me reste 2km avant le retour au gymnase, je ne repartirais pas. Je marche jusqu’à la. En arrivant au gymnase, je trouve quelqu’un de l’organisation, je lui remet mon GPS. Elle ne sait même pas si je suis finisher ou pas. J’appelle Ludy pour lui dire que j’arête et qu’ils peuvent venir me chercher. Je m’assied, c’est fini. Je suis presque soulagé, C’était un calvaire.

Pourquoi, Comment.

Apres quelques minutes a récupérer, je rassemble mes affaires essaie de changer ce que peux changer pour éviter d’être trop humide. Mais j’ai toujours ma trifonction trempée sur moi. Je ressors du gymnase avec mes affaires pour attendre le convoi familial pour récupérer le vélo, les affaires et la viande transie. Commence ainsi les questions sur le pourquoi je n’ai pas pu aller au bout. C’est normal mais c’est douloureux. Et puis à chaud c’est difficile de comprendre vraiment ce qui a conduit a l’abandon.

Bien sur je pourrai parler du parcours, de l’organisation plus que minimaliste de la météo, mais tous les participants avaient les même contraintes. Je pourrais parler du matériel, le développement du vélo inadapté, les tenues de rechange que je n’avais pas anticipé, certes.

Un peu moins d’une semaine après il n’y a qu’une chose de claire, je n’ai pas réussi a résoudre l’équation proposée par cette épreuve. Et pour ceux qui me connaissent qu’est ce que je fait quand je n’arrive pas a résoudre un problème : Je reprend mon crayon et je recommence.

Bearman : Hardcore Triathlon

Ce matin je suis parti bosser en voiture, et bloqué dans les bouchons, je peux prendre un peu de temps pour revenir 10 jours en arriere.

Il est 6H25 quand je rentre dans l’eau. C’est un départ a l’eau et non un départ plage cette fois ci. J’essaie de regarder un peu autour, je distingue vite fait la bouée une, difficilement la deux. Il y a des petites lumières dessus, mais il fait encore nuit, et dans cette montagne, très sombre. Malgré les éclairages du parc a vélo. 6H29, le feu de bengale s’allume, 1mn avant le départ, je visualise mon chemin jusqu’à la bouée une. Un regard rapide autour pour constater que de l’organisation aux supporters, cette course est très minimaliste. Peu de coureurs, peu de supporters, c’est logique. Peu de monde de l’orga, ni a coté ni dans l’eau. 6H30, le coup de feu retentit.

C’est particulier quand même, que j’ai la tète dans ou hors de l’eau, je ne vois rien ! J’essaie de suivre les loupiottes dans les bonnets des athlètes devant sans perdre de vue la première bouée. Bonne idée il y’a maintenant un paddle qui l’éclaire, c’est plus lisible. Premier virage. Difficile de voir rapidement l’angle que je dois prendre car je ne vois pas vraiment la prochaine bouée, donc au début je suis un peu le bord car on est assez proches. J’aperçois la bouée deux, je peux corriger un peu la trajectoire. Bouée deux, virage, on rentre sur le coté opposé au départ, grand coté du rectangle. Il y a une bouée au milieu de cette ligne droite, c’est pas évident a voir, mais mieux que si on devait viser la fin de la ligne droite. Bouée trois, on continue tout droit, c’est un peu lassant cette ligne droite nocturne. Je suis dans un petit groupe, et on avance surement. Bouée quatre, virage a gauche toujours. Même problème qu’a la bouée une, l’angle a prendre est compliqué a estimer. J’avance, bouée cinq qui est vraiment dans l’angle du plan d’eau. Tellement dans l’angle que les mains touchent le fond en nageant. Un concurrent se remet même debout pour passer la bouée. Virage a gauche et on reprend la ligne droite du départ. Au loin on aperçoit l’éclairage du parc a vélo. J’avance en m’écartant un peu du bord pour éviter les zones a peu de fond. Et rapidement, je vois une forme sombre devant moi au moment ou je relève la tête. Je replonge un peu surpris, relève la tête. Je distingue maintenant un arbre qui se découpe. Mais comment ca un arbre ? Put..! Je suis juste devant l’ile au milieu du plan d’eau ! Je bifurque afin d’éviter sans frais mais ca surprend. Je continue, passe la bouée de fin du premier tour. 1/3 je suis pas mal. Le soleil commence a se lever derrière moi on distingue un peu mieux les contours du bassin, et donc les bouées. En visant mieux la bouée suivante (bouée une) je suis plus proche du bord, et encore une fois, plus assez de fond pour nager bras tendus. Virage, je commence a voir le soleil, et on a maintenant une vrai différence entre dans et hors de l’eau. La montre vibre me signalant que j’ai passé les 1000m. Reste un peu moins de 3000. Maintenant je vois l’ile de loin, c’est rassurant. Je fini le deuxième tour calmement en connaissance du parcours maintenant. J’ai la sensation de ne pas être trop à la rue dans le classement. Je ne vais pas particulièrement vite, mais je pose ma nage pour être efficace en glissant beaucoup. 2000m, la montre vibre pendant le deuxième tout. Maintenant qu’il fait jour on peut profiter un peu de la vue de la montagne quand on sort la tète. Début du troisième tour. Il va aller vite. Je m’applique sur la nage. 3000m , reste plus grand chose. J’arrive en vue du chenal de sortie, j’accélère un peu le rythme des bras, ajoute un peu de jambes. Je touche le fond avec les mains, je me relève. Regarde la montre 1H16. Ca va, c’est propre.

Je file vers le parc a vélo en commençant a retirer la combi. Il faisait meilleur dans l’eau que dehors. Je prend le temps de me sécher. Je mange aussi un peu. Je m’équipe pour le vélo. Chaussettes, chaussures. Je met mon K-way dans la poche avec de la nourriture. Le casque, les lunettes et la ceinture porte-dossard. Je ne vois pas mes supporters, pourtant là au départ. Je met mes affaires dans le sac prévu pour l’orga, décroche le vélo et pars. Je lâche mon sac, le speaker annonce ma sortie, ce qui indique à la famille que je n’ai pas coulé. Ils me courent après pour me glisser un mot. Je leur fait un signe, sort du parc et enfourche le vélo. Je clipse les chaussures et appuie, ça part bien.

Je sors du chemin de terre du parking et enquille la route. Je suis parti sans coupe-vent. Il fait un peu frais, mais ca va. Premier rond point, une ligne droite, virage a droite, je sors du village ça y est ça monte. Je sais que je vais partir pour 25 Km de montée. La première acensions se passe bien, j’ai les jambes. Je ne vais pas vite, mais j’avance. Je bois souvent. La voiture me double et m’attend régulièrement. Je leur fait coucou et un petit mot en passant. J’arrive en haut, je commence a redescendre. Je constate assez vite que la descente est difficile car l’état de la route est désastreux. De plus, moi qui pensait redescendre tout schuss jusqu’à Amélie, je déchante vite. Il y a régulièrement quelques passages qui remontent. J’arrive a Amélie. Un petit en-cas et ca repars.

Quelques Km de plat et ca remonte. Ca remonte fort. Je commence a un peu souffrir. J’entends aussi un claquement au niveau de la roue arrière. Ca m’agace assez vite. Je descend et constate qu’un rayon est cassé. Fais chier. A quoi ca sert de mettre le vélo en révision un mois avant la course si c’est pour avoir ce genre de problème. Je rumine un peu, tout en montant. Est-ce que je dois m’arrêter pour le retirer ? Ca va tenir combien de temps ? Entre deux questions je me rend compte que l’on ne voit plus les sommets. Le ciel s’est bouché. Il fait sombre, gris. Comme mon humeur. Je monte non stop en constatant tout du long la dégradation de la route que je vais devoir redescendre. Je commence a sérieusement fatiguer physiquement et mentalement. La longue montée me tasse le dos et me fais mal sur l’intérieur des cuisses. J’arrive en haut. Le refuge de Batere. Un concurrent est attablé, il semble en détresse, il n’a pas à manger. Un accompagnateur qui est là lui propose une barre chocolatée. L’arbitre lui dit en rigolant « c’est carton rouge ca ! » Il hésite, mais finalement l’arbitre lui dit qu’il fera comme si il n’avait rien vu. Je ne sais pas quoi en penser. Les règles sont connues et sont les mêmes pour tout le monde. Sinon autant se faire pousser par une voiture dans la montée ! Je repars, m’arrête au virage ou m’attend la famille. Le temps est très couvert, je veux redescendre vite car il ne fait pas chaud a 1500m. J’ai enfilé le Kway au refuge, mais je sens que ca va piquer quand même. Et puis l’orage se précise. Je descend quelques Km et au sortir d’un virage mon pneu éclate. Je m’arrête tant bien que mal et hurle ma frustration. Le coureur qui arrivait derrière moi a du entendre car il me demande si ca va. J’encaisse, me calme et répare. En prenant soin de ne pas bâcler pour éviter de recrever plus tard. Je repars, environ 10 mn plus tard. La pluie a commencé. je ferme le Kway jusqu’en haut, serre les dents et essaie de me convaincre que ça ne va pas durer.

Quelques Km plus tard, je m’arrête grignoter. J’ai vu mes supporters attaquer les sandwichs dans la descente, il faut que je mange ! Je trouve un abri dans un village. Quelques minutes qui ont suffit a me retrouver sous l’orage et la pluie diluvienne. J’attends une minute puis me résigne. De toute façon trempé pour trempé ! Je remet le vélo dans le bon sens, essaie de rattraper la pédale mais elle coince. La chaine a déraillé entre le cadre et le pédalier. Fais chier (oui encore !). Avec les mains refroidies par la descente, j’ai du mal a l’attraper et elle est bien coincée la bougresse. J’arrive a tirer suffisamment dessus pour la débloquer. Je repars. Je n’arrive cependant pas a prendre de la vitesse dans la descente, du coup les lunettes s’embuent, je ne vois pas grand chose. Moins je vois, moins je vais vite, moins je vais vite et moins je vois. Si je baisse les lunettes je prend de l’eau dans les yeux c’est encore pire. Commence vraiment a souler cette région ! La descente vers « Le Tech » est un calvaire. Physiquement je suis fatigué, je me lève de la selle pour essayer de m’étirer, mais ca fais bouger des muscles endoloris par le froid. c’est douloureux. Mentalement je sais pas quoi dire, j’ai admis que rien ne me serais épargné, mais ça ne me soulage pas vraiment. Tout ce que j’attend c’est le Ravito au Km 120.

Ravito donc après quelques km de montées/descentes/pluie via le col de Sous ! Je prend mon sac. Ca fait du bien de poser le pied, même si je me refroidis vite. J’essaie de m’abriter sous la tente de l’orga. Je discute un peu en mangeant, mais j’ai plus vraiment l’envie. J’ai deux heures de retard sur mon planning, je suis trempé. Pourquoi en fait ? Surtout que je sais que j’ai le col d’Ares dans la foulée. Je repars, il le faut.

Le col d’Ares ne se passe pas si mal. Bien sur j’ai le siège en compote, les cuisses comme du bois et la motivation du poulpe mort, mais comme je rattrape un ou deux coureurs, je fais semblant. Manger salé m’a aussi fait bien plaisir. J’arrive au sommet d’Ares. Demi tour a un plot dans les nuages sur une route pas coupée. Une personne de l’orga est vaguement là mais très honnêtement ne sert pas a grand chose. Je savais que c’était minimaliste mais a ce point c’est dur. Je discute vite fait avec la famille en mangeant une barre, mais j’ai pas si faim. Je fais la descente, assez vite. J’ai froid, je m’en fous, je veux profiter au moins a un moment de cette course. Je m’arrête en bas du col d’Ares pour refaire coucou aux membres de l’orga qui se pèlent aussi les miches au ravito. Un coureur annonce son abandon. Pas la force de monter Ares. Comment ne pas le comprendre.

Je commence la descente après Prats de Molo. La route est belle. Trempée mais belle. Je peux rouler un peu. Jusqu’au moment ou le route est déviée de nouveau vers une route dégradée. Fais chier ! Dégradée et qui remonte. Fais chier ! Je regrimpe. Il n’y a que 4Km de montée, mais j’en peux plus. Sous les arbres, les gouttes claquent sur mon casque, voir sur la tète. J’arrive en haut récupère une route plus roulante. Je souffle un peu, reprend de la descente, il reste 20KM. Je roule bien direction Amelie. Je reviens sur les pistes cyclable entre Arles sur Tech et Amelie. Pistes cyclable largement empruntés par les promeneurs de chiens entre qui je dois slalomer. Sympa ! J’arrive au gymnase, essaie tant bien que mal de descendre du vélo. Ca pique !

Transition, je retire tout ce que je peux et qui est mouillé, donc tout sauf la trifonction. Je m’assied un peu. Bois mais je n’arrive pas a manger. Les autres se changent même intégralement. Ils vont repartir au sec, pas moi. Je m’habille et sors du gymnase je croise la famille. Echange de quelques mot et je commence a courir.

Je longe le Tech, rentre dans la ville et arrive devant un mur a coté des termes qui s’enchaine sur du chemin caillouteux. Je reviens sur de la route, mais ca monte toujours. J’essaie de prévenir la famille que ma première boucle durera un peu plus de 2H. Je continue, la nuit tombe, la pluie tombe, ma motivation s’étiole. Je met en route ma lumière, mais je distingue de moins en moins la route. J’ai une falaise d’un coté, un ravin de l’autre sur une route de la largeur d’une voiture. Je ne vois plus vraiment, je distingue. Avec la lumière j’ai 2 a 3 m de visibilité. Pour m’aider, je n’arrive pas a échanger avec Ludy pour leur indiquer mon heure de retour. Fais chier ! Je vois au loin et en haut une lumière, c’est un autre participant, mais c’est super loin et super haut. Pour la première fois je me dis que je ne pourrais pas. Je continue de monter car à ma montre je suis a un peu moins de 4Km du demi-tour mais dans ma tète le doute est présent. La suite c’est de la souffrance mentale dans la montée ou je n’attend que le demi-tour pour pouvoir enfin redescendre. Au demi-tour je reprend un pas de course, mais toujours avec très peu de visibilité. J’essaie de longer au max la falaise, car je ne suis pas super rassuré par le ravin. Les jambes sont de moins en moins flexibles et de plus en plus douloureuses. Je m’arrête a une source, me baisse pour boire. Quand je me relève, pour repartir j’ai un vertige qui me fait tituber sur plusieurs mètres. Je marche un peu, repars enfin en course mais je vais de moins en moins droit. Je reviens sur le chemin de terre, je titube sur les cailloux, mais les jambes ne compensent plus car elles sont trop raides. La descente devient dangereuse. Il est censé me rester près de 20km dont au moins la moitié en montée et la dernière partie en descente. Mes cuisses ne tiendront pas. Mon corps ne tiendra pas, et mon mental n’est plus la pour l’aider, refroidi par la peur de trébucher sur ces chemins dangereux noirs et déserts. Je reviens dans la ville, la décision est prise. J’arrête.

Ca fait 10 jours et je n’arrête pas d’y penser. Et ce matin bloqué dans les bouchons, impuissant face a la situation je comprend. Je comprend ce gout amer que j’ai depuis 10 jours. Ce gout c’est celui de l’impuissance. Je n’ai pas été assez intelligent pour tout prévoir et pas assez fort pour compenser mon intelligence. Je suis arrivé avec des certitudes qui ont laissés place aux doutes puis à l’impuissance très vite. Trop vite. Ce gout, je vais l’avoir longtemps. Le doute également. Mais ils me nourriront, car plus j’y pense et plus je suis convaincu que je vais devoir y retourner.