Mois : août 2019
Iron Man Nice : A rude épreuve
L’iron Man de Nice, mon objectif pour 2019 et pour être honnête, un but que je garde de coté depuis des années. En effet c’est l’Iron Man français historique, celui dont même les non-initiés ont déjà entendu parler. 2 ans donc après Embrun, c’est au tour de Nice, course labellisée Iron Man. Un des parcours les plus difficile des courses labellisées, mais qui fait rêver. En effet le parcours de Nice, dans les Alpilles est certes très beau, mais c’est les alpilles…ça monte. Bien évidement « ce n’est pas Embrun ». Cette phrase entendue, répétée, ingérée a certainement été ma plus grosse erreur. Donc commençons par le début, la préparation.
Pour changer, j’ai fait quelques paragraphes sur ma préparation. Pour aller directement a la course, Cliquer
La préparation physique : « ce n’est pas Embrun »
Dès le départ, ma plus grosse crainte pour cette course a été la chaleur. En effet après avoir souffert l’année dernière a Deauville, je me demande vite comment je vais pourvoir supporter Nice. D’autant que mon entrainement se passe quasiment exclusivement aux heures les plus fraîches de la journée (matin et soir). J’ai bien pensé a m’entraîner le midi au boulot, mais les conditions de travail de cette années ont été trop contraignantes pour ajouter des séances de course en plus des séances de natation. Pas mieux coté météo cette année. En effet avant Juin peu de clémence et beaucoup d’alternance de période beau/pluie et donc des températures qui ne montent pas et peu de périodes de beau temps continue qui permettent un vrai travail qualitatif. Je roule et cours donc par temps frais, sous la pluie, avec du vent, mais rarement a des températures élevées. Même problème pour la natation en eau libre. La température de mes spots de nage ne monte pas, et donc c’est difficile de prendre des sensations d’eau libre quand 80% de mes sessions sont en piscine. Donc je me répète que toutes ces sorties compliquées, celles ou il faut se mettre un coup de pied au cul pour se motiver a sortir, me renforce le mental. Et puis physiquement ça devrait passer, après tout, ce n’est pas Embrun !
La préparation mentale : Oui mais ça reste un IronMan
La préparation physique ayant été difficile, il va falloir compter sur le mental. Le problème, c’est que le mental est conscient du physique et que c’est difficile a un moment de se convaincre que ça va aller. Alors il faut travailler, se blinder et surtout arrêter de penser que parce que tu as fini Embrun une fois, tu es subitement infaillible sur longue distance. A force de répéter que Nice était moins dur qu’Embrun, je me suis presque convaincu que ça allait être facile. Grave erreur que je paye cash lors de mon premier Half de la saison. Il faut redresser, changer de préparation, mais on est déjà en avril, j’ai déjà 4 mois de prepa, il en reste (que!) deux, dont un pour l’affûtage. C’est la merde ! Je fais le malin devant tout le monde. Si j’ai réussi a me convaincre que ça allait être facile au point de me mettre a ce point en difficulté, je dois aussi réussir a me convaincre que c’est possible de rattraper le retard. De toute façon, a deux mois de l’épreuve pas question de reculer. Alors je continue, renforce mes séances me fait mal avec ce leitmotiv « plus l’entrainement est difficile, plus la course est facile ». Un mois complexe donc avant d’arriver a la période d’affûtage.
J-30 : Affûtage.
La préparation dure est finie, il est temps de refaire les réserves, de reposer les muscles et de perdre les derniers kilos avant la course. Temps aussi pour définir une « stratégie de course ». Repérer les points durs de la course, les spécificités des transitions, voir le parcours sur Google Maps, les ravitaillements, tous les petits détails qui peuvent se révéler toxiques le jour de la course. Temps aussi d’organiser les derniers détails du voyage. En terme d’organisation Embrun était simple. Le camping est quasiment dans le parc a vélo, le lac a 50m, pas de question a se poser. Et puis c’est le 15 Aout, en pleine période de vacances, les enfants confiés a Papy et Mamie, Sandra au repos sur un week-end prolongé, pas de questions non plus. Les vacances en famille étaient passées j’avais pu me reposer et avoir un régime alimentaire adapté. Nice c’est autre chose, c’est le 30 juin. Pas de repos donc surtout que les derniers mois ont été difficiles et stressants au boulot. L’organisation pour les enfants qui ne sont pas encore en vacances est plus complexe. Surtout sur une année de transition pour les deux enfants. Les demandes de RV avec les instits s’enchaînent, les sorties de fin d’années et on aura beau réfléchir et calculer, je ne pourrais pas être la pour tout et les enfants vont devoir manquer deux jours d’école. De quoi se culpabiliser gentiment. Et puis juin c’est l’anniversaire de Clément, ses 10 ans. Pas question de sacrifier le plaisir de la fête en famille au nom du régime alimentaire. Donc autant dire que les derniers kilos ne sont pas partis ! Plus on se rapproche de la date et plus les nouvelles déstabilisantes s’entassent autant en perso qu’en pro. Heureusement ma dernière course 15 jours avant Nice se passe bien et me rassure sur mon physique. On arrive au jour du départ. J-5.
Le road Trip : La grande aventure.
Comme pour Embrun le trajet est prévu en camping-car. De quoi déconnecter du brouhaha de la vie quotidienne, discuter gentiment et rentrer doucement dans l’apaisement régénérant nécessaire a ce type de course. Avec mes supporter – préparateurs mental – cuisinière qui prennent soin de mon physique et de mon mental, pas de raison de stresser pour le voyage. Je commence donc le voyage serein. Un pincement de laisser Sandra seule avec les enfants pour une semaine. Le temps de passer Paris et a peine deux heures après le départ, le camping-car tombe en panne sur l’A6. J’ai beau être d’un naturel optimiste, ça me met un coup quand même. J’essaie de rester confiant, mais intérieurement c’est le bordel. Je réfléchis a mes autres options pour descendre. Certes je ne suis pas loin de Paris et je pourrais attraper un train, mais avec un vélo et 4 sacs ça va être compliqué. Sans parler du tarif prohibitif. La dépanneuse arrive, nous amène a un garage, 5mn plus tard le camping-car est réparé, on va pourvoir repartir, la pression retombe. On en rigole pas tout de suite mais presque. La route continue, pause repas, on repars…et re-panne ! On est au fond de la brousse, près de Nevers, et la j’ai le cerveau qui pars en couilles. Deux pannes de suite, il y a deux solutions possibles, soit ça a été mal réparé la première fois, soit c’est plus grave. Et ici pas de solutions de secours en vue. Il n’y a pas de TGV a Nevers. J’ai du mal a encaisser le coup. Malgré l’arrivée du dépanneur, de son coté rassurant et sympathique, j’ai vrillé. 6 mois a se demander comment finir une épreuve mais je n’avais pas prévu de ne pas voir la ligne de départ. Heureusement le meccano de la brousse répare, nous explique qu’il ne devrait plus y avoir de problème et on reprend la route. Avec tout ça on a perdu presque 5H et il y a ce petit truc qui trottine dans la tète « demain c’est la montagne, si ça recommence c’est la merde ! » Le voyage finit finalement bien, on arrive au camping le jeudi soir comme prévu. Le camping a le mérite d’être calme, je vais pouvoir me concentrer sur le vrai sujet.
La folie Ironman
Le vendredi c’est retrait du dossard et donc visite du village. Et pour le coup, oui c’est un village. L’installation est impressionnante, une aire de transition grande comme le champ de Mars, un parc a vélo pour 3000 concurrents soit presque 3 fois Embrun. Et cette particularité, des rangées d’étendages pour les sacs de transitions. Car oui ici les affaires ne sont pas avec le vélo. Ça se comprend pour éviter la cohue dans le parc, mais ça implique de faire plus de chemin a chaques transitions. Je récupéré mon dossard et mes sacs de transitions. C’est pro. Malgré le monde ça va vite, c’est efficace et bonne ambiance. C’est une très grosse organisation, mais ça reste du triathlon, donc ça rigole, ça chambre, ça discute des épreuves déjà réalisées et ça s’inquiète. Déjà c’est un Iron Man donc forcement ça s’inquiète, mais aussi il fait 40° sur la promenade. La visite du village continue, la tente IM est immense et remplis de produits siglés, sacs, gourdes, t-shirts, tout ce qu’il faut pour remplir les caisses de l’organisation. Les tentes après se visitent en chaland. Beaucoup de partenaires, et des pros du tri sur le stand Hoka. Tous les sponsorisés Hoka sont la pour un événementiel, encore une fois c’est bon enfant, on peut regarder les produits en vente, des vélos et du matos de fous. A la tente de l’orga on peut discuter du parcours et d’autres points et la personne avec qui on discute lâche une phrase « il y auras des annonces concernant la chaleur ce soir au brief ». On repars tranquillement. Je suis rentré dans l’ambiance et dans l’état d’esprit tri. On retourne au camping ou je commence a préparer mes sacs que je dois déposer le samedi, et la nouvelle tombe : le parcours est raccourci a cause de la chaleur ! C’est le seul moyen qu’a pu avoir l’organisation pour ne pas devoir annuler la course. Sur les réseaux sociaux c’est la guerre, la déception est grande pour tout le monde. En naviguant un peu je vois que toutes les autres épreuves prévues ce week-end dans la région sont annulées pour cause de canicule. Alors oui ça va être plus court, mais au moins on pourras courir, et oui ça va rester compliqué quand même. Le samedi c’est dépôt des vélos et des sacs de transition. L’entrée dans le parc est étagée pour éviter les bouchons des 3000 furieux qui veulent poser leurs vélos. Je repère en même temps, les entrées et sorties, le numéro de l’allée, prend des points de repères pour éviter de me perdre le lendemain. Je commence a vraiment rentrer dans l’ambiance, un peu tendu, un peu apeuré et très impatient. J’ai attendu deux ans pour revenir sur un Iron et en plus je suis ici dans la Mecque du triathlon français. La prom’ grouille de personnes qui partagent ma passion et n’ont qu’un idée en tète…prendre le départ ! On visite un peu Nice pour aller chercher les clés de l’hôtel, on prend le temps et puis viens l’heure de laisser partir mes supporter et de m’isoler. Je vais chercher mon repas du soir, mon casse-croûte du lendemain et puis j’essaye de dormir. En gros j’ai dormi deux heures. On est le 30, il est 4H15, départ dans deux heures.
Aparté
Arrivé la vous pouvez vous dire que ce n’est pas un CR de course et pourtant j’avais envie de raconter aussi cette partie. Parce que la course est bien sur impressionnante, mais finalement, pour moi, c’est cette préparation, l’état d’esprit avec lequel je vais arriver le matin de la course qui va être le plus important. C’est le fait d’avoir repéré, préparé, prévu un certain nombre de points important de la course, le fait d’éviter au maximum les surprises et l’improvisation pendant toute la durée de la course qui va déterminer si je vais m’amuser et donc performer sur une course ou le mental et le physique se soutiennent et se rejettent a tour de rôle.
« You are an IronMan ! »
Le jour n’est pas encore levé sur Nice, je sors de l’hôtel et me dirige vers la plage, musique dans les oreilles. Il fait déjà chaud. Un appel, mes parents sont déjà devant mon slot au parc a vélo. Ils ont été encore plus matinaux que moi ! J’arrive a parc, dis bonjour, il est encore tôt mais il y a déjà beaucoup de monde. Une particularité des course labellisées c’est qu’il n’y a rien au sol dans le parc a vélo donc il faut aller déposer ses dernières affaires un peu plus loin. Dépose également du casse-croûte pour le col de l’Ecre. Le jour se lève, le speaker est déjà a fond et les participants autour de moi aussi. Je reste dans ma routine, placer les gourdes, la bouffe sur le vélo, toilettes, combi, lunettes. Je suis un des derniers dans le parc a vélo, j’ai pris mon temps. et c’est quand même un spectacle impressionnant ces 3000 machines alignées, prêtes a partir, et la voix du speaker, la-bas sur la plage qui chauffe les participants et les spectateurs. Je me dirige maintenant vers la plage, sans me presser. Le départ est en « Rolling-start » (départ non massif mais en sas en fonction des temps de nage prévus) et je pars dans le 3eme sas, donc j’ai un peu de temps. J’arrive sur la plage, me place dans le SAS 1H15, départ des pros dans quelques minutes. Il y a beaucoup de spectateurs perchées au dessus de la plage. L’arche de départ devant moi, on voit le parcours en entier contrairement a Embrun et son départ de nuit. Malgré les 26° dans l’eau la combi est autorisée, sauf qu’attendre 15 mn engoncé dans une combi néoprène quand il fait déjà presque 25° dehors, ça fait suer ! J’ai des gouttes de sueur qui perlent sous le bonnet de bain, la pression monte en même temps que la température. Le départ en Rolling-Start, s’il est vrai qu’il est pratique pour des épreuves avec autant de participants enlève un charme des courses : le départ au coup de feu. Et c’est vrai qu’on avance gentiment vers l’eau, mais il n’y a pas cette poussée d’adrénaline du départ franc, brutal, de cette libération du coup de feu qui marque le début de l’épreuve. On rentre donc dans l’eau calmement, il n’y a pas de bagarre au départ. J’entends la voix du speaker faiblir au fur et a mesure que je m’éloigne de la plage. La première boucle est un rectangle de 800m de coté, donc tout droit pendant 800m. On passe les bouées une a une pour arriver au premier virage. Ça touche un peu puisque tout le monde veut passer au plus court. Rien en vu devant a part la mer plate, morne. La vue de la montagne autour du lac de Serre-Poncon me manque. Virage a droite, deux bouées a passer et on retourne vers la plage. tout droit pendant 600m, trois bouées (c’est le repères que j’avais pris pour mesurer mes distances !) virage a droite aux grosses bouées jaunes vers la deuxième boucle, en triangle. La bouée de virage est loin, et il n’y a pas de bouée intermédiaire, c’est un peu long, surtout quand on a déjà 2000m dans les bras. Virage a gauche, une fois, virage a gauche deux fois, retour vers la plage. En levant la tète je vois l’arche de sortie de l’eau et du monde encore perché sur la digue. Finalement je n’ai pas souffert en natation. Je remet un peu de jambes pour accélérer un peu, passe entre les deux bouées marquant le point de passage, me rapproche de la plage. J’ai dévié un peu a gauche en voulant accélérer, je ne suis plus aligné avec la planche. Je rétablis la trajectoire et vois un nageur encore plus a gauche que moi, il va faire 25m de plus ! Sortie de l’eau, la voix du speaker rythme la remontée vers la prom’.

Arrivée en haut il faut avancer vers le parc…non pas vers le parc, mais vers l’aire de transition. Et oui ce n’est pas comme ailleurs ! Arrêt donc dans l’aire de transition il y a du monde, je ne suis pas trop a la rue. Je prend mon sac T1, sors mes affaires de vélo. Un membre de l’organisation rappelle les règles, il faut remettre la combi dans le sac T1 et jeter le sac dans les grands bacs derrière les chaises. Heureusement qu’il est la car sa voix est un vrai repère. Entre le stress de la course, la perte de repères liée a la natation et l’agitation ambiante, on a vite fait d’oublier quelque chose. Un autre membre de l’orga est la pour passer de la crème solaire sur la nuque. Pas de refus, le soleil tape déjà fort. Prêt pour le vélo, je jette mon sac T1 et me dirige vers le parc a vélo, arrêt a la table rafraîchissement. Même si je n’ai pas soif sur l’instant je sais que je dois boire…beaucoup. Je me dirige vers mon slot, prend le vélo sors du parc et go.
Le vélo : Seulement 152 Km ?

D’abord se taper toute la prom’. C’est plat, idéal pour chauffer les jambes, je roule bien. Il y a beaucoup de cyclistes autour de moi. A l’aller elle passe vite (spoil !). On sort de Nice, passe Saint Laurent. Le premier ravito arrive, je ne m’arrête pas mais change les deux gourdes. Depuis le début je bois beaucoup. On passe devant le camping, chiche je m’arrête la et je retourne me coucher ! Ensuite on monte assez rapidement vers l’arrière-pays. J’ai des bonnes jambes et je double pas mal dans cette première montée. J’hésites a accélérer encore, mais je préfère rester sur un rythme longue distance. On arrive dans des paysages magnifiques, c’est vallonné. Pas difficile mais de quoi y laisser un peu de force. Ravito, je bois encore. J’ai mal au ventre de boire autant d’un coup, mais je suis convaincu que c’est la bonne chose a faire. Et on arrive au pied du col de l’Ecre, on va monter pendant 20 Km. En soit rien de difficile, sauf qu’il fait très chaud. Les secours sont déjà a l’oeuvre, regardent, interrogent le moindre coureur qui semble en difficulté. Je suis rassuré, ils ne me parlent pas, je dois paraître encore frais ! Certains font des pauses sur les quelques points d’ombre, d’autres semble vraiment en difficulté, la chaleur enroule les coureur, par dessus et par réflexion sur la route. En roulant aussi lentement (je ne suis pas un grimpeur !) il n’y a pas d’air du tout. Je bois, bois encore, je fais moins le malin. Des gens que j’ai doublé avant me redoublent. A part compter les Km je n’ai pas de repères sur la distance restante avant le sommet. En plus le parcours ayant été raccourci, notamment au début, les repères kilométriques que j’avais noté se révèlent faussés, donc je suis dans l’inconnu. J’arrive enfin au sommet, Km 64, il en reste 90.

Pause repas au sommet, récupération du ravitaillement perso. Je ne reste pas longtemps. Autant la montée m’a paru longue pendant, autant je me sens bien, pas entamé, j’ai hâte d’enquiller la descente. Sauf qu’on ne descend pas tout de suite, on reste un peu sur le plateau. Bien sur c’est moins dur, mais ça ne repose pas non plus. Bien sur c’est beau, mais ce n’est pas amusant.

La première descente arrive enfin. Je peut commencer a jouer ! Ça tourne, ça freine, ça relance : un kiffe. La route est belle de quoi rouler vite. Mais a peine le temps d’avoir mal aux bras de rouler comme ça et on remonte direct. Sur la carte ça ne parait pas long, mais je souffre. Je bois toujours beaucoup, je sais que pendant la course a pieds ça va être compliqué de manger et boire donc je fais des réserves. Arrivé en haut de la seconde difficulté, Km 106 je vais enchaîner sur 40 Km de descente. Et la encore ça va très vite avec des pointes a plus de 90Km/H. Je soigne les trajectoires, double des concurrents qui freines comme des lâches dans les virages. Les jantes carbones sont précises dans les virages, le vélo semble tellement léger a emmener, du pur plaisir. Je me venge de tout ce que j’ai souffert dans les montées. Contrairement a Embrun, il n’y a pas de montées juste avant de poser le vélo, je lâche tout ! Je roule dans les caniveaux pour éviter les ralentisseurs, passe dans les villages a des vitesses ou un autre jour on me retirerais le permis. Et puis on reviens a Saint-Laurent, fin de la récré. Dernier ravitaillement, je bois, mange et échange encore une gourde pour les 10Km restants. Retour sur la prom’, je passe devant l’aéroport et vois le demi-tour du parcours CAP. Je me dis que je suis bientôt arrivé. Sur le principe oui 5k c’est pas long, sauf qu’elle me parait interminable cette dernière ligne droite. J’ai envie de poser le vélo, et je ne vois pas arriver le parc. Je serre les dents fini le vélo sans forcer en essayant de profiter de la vue de la mer mais je suis harassé par la chaleur. Le retour en front de mer veut aussi dire moins d’air qu’en altitude. La encore la chaleur viens de partout au-dessus, en dessous, ça réverbère aussi sur les bâtiments. Et la en regardant un peu autour de moi, je remarque un coureur allongé dans l’herbe, les secours sont avec lui. C’est le premier que je vois, pas d’inquiétude, il y en a toujours sur ces courses longues.

J’arrive enfin au parc, la descente du vélo est douloureuse. Je pose le vélo, retire les chaussures a cales et file pieds nus vers l’aire de transition. Je prends le temps. Pas de massage ici contrairement a Embrun. Par contre, comme a Embrun les premiers on déjà fini. J’entends que Van Lierde 5 fois vainqueur ici a eu un coup de chaud et a du ralentir, il ne gagnera pas cette année. Mais ça fait surtout prendre conscience du caractère exceptionnel de cette édition et des conditions météos. Si même des gars de ce calibre la doivent gérer malgré les distances raccourcies, alors je dois faire attention. Enfilage de chaussures, crème solaire, casquette (manque de cheveux oblige !), ravito solide et liquide et c’est parti pour 30 km a pieds…
CAP : Cuisson a l’étuvée
J’ai évoqué la longueur de la promenade, 5km de ligne droite, et bien voila le parcours de course a pieds. 3 allez-retour de ligne droite en plein soleil. Dés le départ la chaleur est handicapante. Sur le vélo je ne sentais pas mon poids, sur les jambes je comprends l’expression « sale temps pour les gros ».

L’orga a prévu un ravito tous les 2km et des arches d’arrosages. Je les ai vu en finissant le vélo, j’ai hâte d’y passer. Par contre un sujet commence a me tourner en tète, je n’ai pas vu mes parents sur tout le vélo, et je ne les ai pas vu sur le début du parcours CAP. Qu’est ce qui leur est arrivé ? Pas le temps de réfléchir, et pas moyen non plus, il y a du bruit autour. Des spectateurs qui encouragent, oui mas pas que. Il y a aussi la sirène des secours. Incessante, je remarque les camions des pompiers et de la sécurité civile qui tournent en permanence, et je prends conscience de toutes les personnes en difficultés, arrêtés sous les arbres, en déshydratation ou simplement au bout. Je suis sur un petit rythme de 11Km/h. Je sais qu’a cette vitesse, je peux tenir longtemps. Je passe sous les arches d’arrosage, bois encore beaucoup, par contre je ne vois toujours pas le demi tour et donc la fin des 5 premiers Km. Quelle est longue cette saloperie de prom’ ! Je passe l’aéroport, et ça y est, je vois les bénévoles qui sont au demi-tour. Je tourne, j’ai un peu de mal a relancer mais ça passe. Je longe maintenant l’aéroport, il fais encore plus chaud qu’avant. Je comprend que les mouvements des avions juste derrière le grillage réchauffe encore l’air ambiant. Je ne pensais pas que c’était possible. J’ai maintenant des repères visuels sur le parcours car je me refuse a regarder le décompte des Kms a la montre. Même technique qu’a Embrun, je compte les tours. 3 tours c’est moins déprimant que 30Km ! Je longe maintenant la plage toujours sur mon petit rythme de croisière et arrive derrière deux géants qui marchent. Autour d’eux tout le monde a l’air encore plus enthousiasmé. Un des deux, 2m, blond des épaules gigantesques et tatouées mais des jambes anormalement fines pour un triathlète. D’ailleurs ils marchent, traînant leurs grandes carcasse sous la chaleur. Je double et comprend l’excitation des spectateurs, c’est Camille Lacourt. Intérieurement et presque méchamment, je prend plaisir a le doubler. Il fait moins le mariole le champion olympique ! Au ravitaillement il n’y en a que pour lui, mais son visage est marqué, fatigué, mais globalement comme tout le monde autour. Je me rapproche de la fin du tour et donc de l’arche d’arrivée que je vais éviter deux fois. Et je commence a entendre le speaker. A chaque participant qui passe la ligne le speaker cite son nom suivi de la phrase magique « You are an IronMan ». Et ce speaker, cette phrase me mettent un magistral coup de fouet. Je n’avais pas prévu d’abandonner mais maintenant ça deviens impossible. Je veux ça. Je veux ma photo sous la mythique arche rouge et noire. Je veux devenir un IronMan. Je passe a coté de l’arche, prends mon bracelet synonyme de fin de premier tour, demi tour je repars dans l’autre sens.

Et la quelques mètres, je vois mes parents sur le bord de la route. Ça fait du bien et ils ont l’ai content de me voir aussi. Je ne sais pas si ma tète était encore correcte a ce moment la, mais je souffrais déjà. En repartant vers l’aéroport, on s’éloigne aussi un peu de la ferveur ambiante près de l’arche d’arrivée. Il y a moins de spectateurs, mais les bénévole aux ravitos mettent l’ambiance, encourageant tout le monde. Il y a de tout a ces ravitos, a manger, a boire, les stands sont nombreux et il n’y a pas de bouchons. Je reste sur du standard, bretzels, eau pétillante. Il devient important de renouveler le sel évacué par la transpiration. Je ne me sens pas en faiblesse donc je laisse les gels et boissons isotonique. En plus j’ai pas vraiment envie de sucré. Par contre j’ai une dalle ! Je n’ai pas mis de sac de ravito perso pour la CAP, donc ce sera tout aux Bretzel et un peu de bananes. Difficile maintenant de repartir après le ravitaillement donc je marche un peu. Les secours sont de plus en plus présents et il y a beaucoup de participants au sol, je commence a en voir des perfusés aussi. Et bim dans ma tète de coureur euphorique ! Fais gaffe a toi, pour passer l’arche, il faut arriver jusqu’à l’arche. Demi tour, 15Km parcourus, la moitié de la CAP. Il reste 15Km soit environ 1H30 si je ne traîne pas trop. La chaleur redescend un peu, mais je décide de finir le deuxième tour calmement en alternant course et marche. A l’arrivée de la fin du deuxième tour mes fans sont la, certainement un peu déçus de me voir marcher, mais je préfère assurer. Le speaker est la encore, les arrivées s’enchaînent. Fin du deuxième tour, je prend mon second bracelet. Je profite de l’ambiance pour relancer et repartir en course. Reste 10 Km, un aller-retour. C’est le moment de lâcher ce qu’il me reste….sauf qu’il me reste pas grand chose :-). Je passe le premier ravito sur mon chemin mais plus moyen de manger maintenant, même boire un verre me pète le bide. Je me force a boire quand même, doucement par petite gorgées, ça doit passer. Je ne passe plus sous les arrosages maintenant, ressortir mouillé des douches me fait frémir de froid, un comble quand il fait encore plus de 35° ! Les abandons et malaises se multiplient maintenant. Un coureur est assis sous un abris-bus, il est a peine conscient, je cherche les secours du regard mais il sont occupés a donner une perfusions a une participante. Je leur signale, reste un peu avec lui et repars dès que la sécurité civile arrive. Images difficile d’une course ou personne ne veut abandonner mais ou le corps atteint ses limites. Je suis maintenant content de m’être beaucoup hydraté avant. Je ne suis pas au top de ma forme mais je sens que je peux finir en petites foulées.

Demi-tour reste 5km. Je suis presque euphorique d’être aussi prêt du but. Devoir boire lentement me sert de prétexte pour discuter et remercier les bénévoles aux ravitaillements. Je regarde avec pitié les coureurs qui n’ont pas encore leurs deux bracelets et qui vont continuer. Je me rapproche de l’arrivée. Vu le rythme du speaker il y a beaucoup de monde qui en termine maintenant. Je vois mes parents une centaine de mètres avant l’arche. Bah oui beaucoup de participants signifie beaucoup de fans et donc difficile de se rapprocher de l’aire d’arrivée. J’arrive maintenant sur la moquette rouge et noir, il y a du bruit, des gens qui tapent sur les barrières, j’ai quasiment envie de rester la, tranquillement, a apprécier ce moment. Le speaker commence a dire mon nom, je passe l’arche au son de « You are an IronMaaaan ». Je lève les yeux sur l’arche, mon nom a coté de mon temps : 12H13. Encore une fois cette impression bizarre d’avoir « déjà » fini. Ce moment, cette arche rouge et noire je l’ai attendue, rêvée. Et voila c’est fait après « a peine » 12H d’efforts. Presque trop facile. C’est vrai qu’après tout : ce n’est pas Embrun !

Il y a encore beaucoup de monde dans l’aire d’arrivée, preuve de la puissance de cette l’organisation IronMan. Du monde sur les médailles, sur le stand des T-shirts Finisher, pour les photos. Le village est impressionnant. Je mange un peu et prend ma bière avant d’aller retrouver mes supporter qui ont également passé une longue journée, une longue semaine rythmée de péripéties et qui ont su encore une fois m’amener devant la ligne de départ gonflé a bloc. Merci, encore.
L’ambiance dans le village est incroyable, les gens qui sont la sont tous soulagés, fiers du travail accompli. Ce sont toutes des personnes normales venues faire quelque chose d’incroyable. Ils/elles profitent de ce moment de pur bonheur et de soulagement après des mois de préparation. Ce sont des IronMens. Nous sommes des IronMens
