Deauville – La claque

Deauville – La claque

Qui fait moins le malin lève la main ! Voilà comment on pourrais résumer mon triathlon de Deauville.

Alors bien sûr que je suis allé au bout, mais en 6H, mon plus mauvais temps sur cette distance avec un semi-marathon en 2H13. Impensable au départ de la course.

Un résultat dû principalement a de multiples dysfonctionnements dans ma préparation.

Reprenons le début, et le début c’est avant la course.

Cette course devait avoir ceci de spéciale que ma chérie et mes enfants m’accompagnaient jusqu’à Deauville pour passer un WE en famille sur la cote. J’avais donc trouvé un camping à Deauville…enfin pas à Deauville même mais à St Arnoult. Sur Gmaps cela ne paraissait pas loin. Je prends donc les vélos de tout le monde en me disant qu’ils pourront me rejoindre sur les planches afin de me suivre sur la partie CAP.

Arrivée donc le vendredi soir sur St Arnoult, montage de la tente et départ pour Deauville pour récupérer mon dossard. Et là un constat : ce sera trop loin pour que les enfants puissent venir en vélo. Je me pose la question si moi je fais le trajet en vélo le matin afin de leur laisser la voiture, mais de toute façon si la famille devait arriver vers midi sur le front de mer il serait impossible de se garer. Je fais donc une croix sur mes supporters.

En arrivant à Deauville et ne connaissant pas la ville, je m’arrête au premier Casino visible. Là encore, le manque de préparation a fait que je suis arrivé sur place sans étudier les lieux, et je me suis tout naturellement trompé de casino ! Obligé de marcher le long de la jetée avec les enfants pour arriver avant la fermeture au retrait des dossards. Et étant limite sur le temps, je suis contraint de laisser Sandra avec les enfants pour courir jusqu’au village. La poisse !

J’arrive à récupérer mon sac, il est 21 H, il faut retourner à la voiture. Vu l’heure et l’absence de restau rapide ouvert sur le front de mer, nous rentrons au camping pique-niquer.

Dodo pour tout le monde, mouvementé comme une première nuit dans une tente (bruits d’animaux, bruits des voisins, matelas sous-gonflé et froid)

Départ à 6H pour la course.

La préparation se passe bien. Remontage du vélo, préparation de ma caisse, le parc à vélo est bien organisé, l’ambiance est déjà bonne grâce au speaker qui donne beaucoup pour nous maintenir au chaud. Car il faut avouer qu’avec à peine 11° en descendant de voiture, c’est limite. L’eau est annoncée à 15.6°, il va falloir nager vite pour se réchauffer ! L’ambiance sur la plage est bonne, il n’est pas encore 08H mais tout le monde est prêt, en attente dans les sas de départ. Face à nous la mer, si calme en apparence, mais tous ceux qui sont la savent que ça va être difficile.

Je connais mon état de forme et mon niveau de nage en mer, donc je me mets dans le 3eme sas. Ce qui me permet aussi de regarder les torpilles partir. L’inconvénient c’est que le stress dans l’attente du départ est plus long. J’ai envie d’y aller. Envie d’aller « me baigner ». Je sais que cela va être dur mais c’est pour ça que je suis venu.

Top départ.

On court vers la mer. On rentre dans l’eau, c’est froid (bah oui mais tu étais prévenu !). Le plus surprenant reste l’entrée à « l’australienne ». On rentre dans l’eau sur pieds pendant longtemps, presque 50m avant de commencer à nager. Moi qui ne concours jamais en mer, je suis un peu surpris. Il faut décider quand passer à l’horizontale. Je regarde un peu autour de moi, pour voir quand mes copains de galère y vont. Bon allez, j’en ai marre de marcher dans l’eau, je me fatigue les jambes, et je sais que je vais en avoir besoin. Je débute donc la nage. Le parcours est un triangle dont la base est au large. Donc on file tout droit vers le large, vers la première bouée. J’ai l’habitude de « goûter » l’eau quand je nage en eau libre, de boire une gorgé au détours d’une vague prise sur une respiration. Ici les vagues sont naturelles, donc la première gorgée est arrivée très vite…et elle est salée. Voilà donc deux nouveautés pour moi : les vagues et l’eau salée. L’un entraîne de nombreuses gorgées de l’autre. D’autant que comme il y a beaucoup de monde, c’est vraiment la guerre dans l’eau. Surtout en arrivant à la première bouée. Bouée laissée à main droite, virage à 90°. Tout le monde se resserres sur la bouée. Et là j’ai bu pas mal ! A deux ou trois reprises, j’ai essayé de reprendre une respiration, mais à chaque fois c’est un bras ou une jambe que je prends sur la tronche. J’étais à l’aise, me voilà en difficultés sur 3 ou 4 mouvements. La priorité : ne pas paniquer ! Je m’écarte de la bouée pour me retrouver seul et pouvoir reprendre ma respiration. Je reprends le rythme, force la nage en deux temps avec un fort mouvement de tête pour reprendre de l’air, puis je reviens sur du trois temps. Le temps de me sentir bien, on arrive à la bouée suivante. Je prends large, même si je me rends compte en levant la tête que le peloton s’est étiré et que ça passe plus facile. Virage serré (c’est un triangle, je vous rappelle ;-)). On revient vers la plage. Là c’est facile, on nage avec le courant et on a la grande arche sur le sable comme repère, ça déroule. Un peu trop peut-être. J’ai rapidement oublié qu’arrivé à la plage, il fallait repartir pour un second tour. Et oui, la fameuse « sortie à l’australienne », qui fait tant plaisir au public, mais qui fait si mal aux jambes des athlètes. Même problème qu’a l’entrée dans l’eau, sachant qu’on a pied très loin de la plage, à quel moment se relever ? le corps a tendance à dire « très tôt », mais le cerveau percute que marcher dans l’eau pendant 150m, c’est dur. Donc je nage jusqu’à temps de toucher le fond avec mes mains. Je me relève, sors de l’eau et….Put…c’est dur de courir dans le sable ! Heureusement il y a beaucoup de monde sur la plage pour encourager. Retour à l’eau, la deuxième boucle se déroule au calme, on est un petit peloton à nager ensemble. Les 900m passent assez vite, mais je redoute la remontée de la plage vers le parc à vélo. Je sais qu’il y aura un peu plus de 100m dans le sable, avec la combi. Je ressors de l’eau et remonte vers le parc à vélo. Finalement ça passe bien. J’arrive près du vélo, retire la combi et réfléchis à ce que j’emmène (manchettes, maillot.), finalement je pars en trifonction. Je cours avec le vélo jusqu’à la sortie du parc presque vide…la vache, il est grand ce parc à vélo ! J’enfourche, chausse les chaussures et…

Go pour 85Km.

Le premier Km c’est une parade, un aller-retour sur le front de mer entre deux ronds-points, ça laisse le temps de dégourdir les jambes. Je suis sur mon point fort, je suis encore en forme, j’appuie sur les pédales, fort, je commence à remonter du monde dans les rues de Deauville. J’entends un speaker au loin qui encourage et félicite les coureurs. Je me dis que c’est bizarre aussi près du départ. Puis virage à droite et je me retrouve face à un mur ! Une cote comme j’en ai rarement vu. Et on a fait que 3Km, donc c’est à froid ! J’ai rapidement le temps de changer de vitesses, et j’attaque. Il y a beaucoup de spectateurs dans la montée. En même temps a l’allure ou on monte, ils ont le temps de nous voir passer ! J’entends le speaker, maintenant je comprends qu’il est en haut et qu’il félicite les personnes ayant fini la montée. Je l’entends dire que certains sont montés à pieds…tu m’étonnes, elle pique la garce ! je monte au train en alternant danseuse et assis. Je me dis que c’est deux boucles, donc je vais devoir la refaire ! J’arrive en haut, même pas mal ! Je ne tarde pas à remettre un développement pour le plat. La suite est plus simple. Malgré deux grosses montées sur le parcours, on roule dans l’arrière-pays de Deauville. C’est joli dans ce mois de juin. On passe aussi sur les hauteurs de Trouville, vue imprenable sur la mer. C’est très joli. Retour au niveau de la mer. On tourne un peu dans la ville, histoire de faires des Kms, et bim, de nouveau face au mur du premier tour. Ce qui m’a le plus marqué dans cette balade, c’est la mauvaise qualité globale du revêtement, dont quelques endroits vraiment dangereux. Passer à 40Km/H sur du béton aussi dégradé fatigue énormément physiquement et mentalement, tant il faut d’application pour tenir le vélo. Du coup le deuxième tour est long, interminable. Il commence à faire chaud, et je sens la fatigue qui commence à arriver aux jambes sur la fin du parcours. Je prends un gel pour préparer la course à pieds. Sauf que ce gel, je ne l’avais jamais testé. Sur le moment ça passe. Je termine le vélo calmement prend une pose de cycliste « à fond » quand je vois le photographe juste avant d’arriver au parc. Descente du vélo…Aie ! j’ai les jambes en bois ! J’essaie de courir dans le parc à vélo, mais mon corps n’est pas d’accord ! Je marche vite, dépose le vélo et chausse les baskets et go, je pars petites foulées jusqu’au ravitaillement juste en sortant du parc.

La course, en douleur…

Début de la course à pied qui se passe et 4 tours sur le front de mer (les fameuses planches) et sur la jetée (la même que j’ai dû prendre la veille !). Dès le départ, je me dis qu’il va faire chaud, je bois donc beaucoup au premier ravitaillement (eau et boisson iso) et go sur du 11.5Km/h. Hormis le chaud, le premier tour passe bien. Je m’hydrate beaucoup, glisse des éponges dans a combi. Le parcours est plat mais tourne pas mal, donc beaucoup de relances. Je passe une première fois à côté de la ligne d’arrivée, l’ambiance est chaude sur l’estrade, le speaker est à fond, les pompoms grils aussi. Je me dis que d’ici à ce que j’arrive, ils auront le temps d’aller déjeuner ! Deuxième tour, ravito, eau, course, normal. Et puis d’un coup dès le début du deuxième tour, grosse douleur à l’estomac. Je continue de courir, mais je souffre. J’écoute ce que dit mon corps, pas « d’envie naturelle » que je peux aller soulager, il s’agit d’autre chose. Je ralentis et réfléchis…le putain de gel. C’est le seul produit que je n’avais testé avant, erreur de débutant ! La douleur augmente, je marche un peu jusqu’au ravitaillement. Je bois pour essayer de noyer le produit qui ne passe pas. Je repars en marchant a foulées rapide. La température est encore montée sur la jetée, étouffante, ce qui est très étonnant sur ce bord de mer. Je finis le deuxième tour en alternant course et marche. Je repasse la ligne, entends le speaker annoncer que certains abandonnent, déshydratés ou fatigués. C’est le premier Half pour certains, et ils n’étaient visiblement pas prêts !

Début du troisième tour, je ravitaille. Le ventre va mieux, mais je suis trop fatigué pour tout faire en courant, donc je marche un peu après chaque ravito, et repars petite foulée. Je traine mon gros corps tout foutu. Fin du troisième tour, je regarde le temps, je vais dépasser les 6 heures, ce qui ne m’était jamais arrivé sur un half. Je pense à abandonner. Après tout, à quoi bon, je n’ai rien à prouver sur cette course la… Et puis d’un coup j’entends Clement, dans ma tête « la seule course ou tu as abandonné c’est Embrun ». Je me dis que je veux continuer à entendre ça dans sa bouche, à voir la fierté dans ses yeux quand je ramène la médaille d’une course dont il ne mesure même pas les distances. Alors je continue, je ne rentrerais pas sans ma médaille ni mon maillot de finisher. Le dernier tour est un calvaire physiquement, mais je tiens mentalement. Je suis un autre partenaire de souffrance. Les 3 dernier Km sa compagne est a coté en vélo et l’encourage : « tu e le plus fort, tu vas y arriver, je suis fière de toi », chanceux qu’il est. Pour faire le mariole devant sa chérie (je lui ai demandé après !), il accélère, je suis. C’est dur, mais ça tiens. Le corps à ces ressources-là. Quand tu crois que tu n’as plus rien à donner, le cerveau peut t’emmener encore. Je rentre dans le couloir d’arrivée, le speaker est encore là, et crie même mon prénom (je sais c’est écrit sur mon dossard, mais on a quand même l’impression qu’on est fort !). Les pom-poms girls sont toujours là, dansent encore et il y a là un des organisateurs qui félicite un par un tous les finishers.

Je rallume le cerveau pour profiter de cet instant. Je prends la médaille et file au buffet. Je n’ai rien pu manger de toute la CAP, je compte bien me venger maintenant que c’est fini. Arrivé devant les boissons j’hésites eau, Coca, bière…ce sera bière, ça me rappelleras Embrun ! Je discute un peu avec d’autres participants, prends un peu le temps.

Je retourne maintenant au parc à vélo, récupères mon matos et pars. J’entends le speaker accompagner ceux qui sont encore sur la route. Un des participant boucle son deuxième tour, il lui reste 10Km à faire alors qu’il a déjà presque 7h d’épreuve dans les pattes ! Je relativise, je ne m’en sors pas si mal.

Bilan

Sur le chemin du retour j’analyse, à chaud. Oui j’en ai chié. Pourquoi j’en ai chié ? Manque de connaissance du village qui m’a rajouté du stress. Manque d’analyse pour le camping qui m’a frustré. Manque de préparation de ma diététique qui a failli me clouer au sol. Manque de repères sur de la course en plein soleil, moi qui ne cours que le matin de très bonne heure. En gros manque de préparation.

Je me suis cru facile car la distance ne m’effraie pas, je me suis fait rattraper par la difficulté de celle-ci. Non une épreuve de 5H et plus n’est pas anodine, et on ne peut pas s’y aligner sans s’y être correctement préparé.

La partie satisfaisante, c’est le mental. Toujours au rendez-vous pour palier à mes défaillances physiques, et c’est encourageant pour la suite.

J’ai donc trouvé pourquoi je cours…Tant que mes enfants se battront pour jouer avec mes médailles quand je rentre, tant que je lirais de l’admiration dans leurs yeux, et dans ceux de mon entourage, tant que je lirais de l’incompréhension chez ceux qui ne comprennent pas que l’on puisse se faire mal à ce point, je continuerais. Je continuerais à m’améliorer, à courir/pédaler/nager encore et encore, je serais inaretable parce que même si mon corps ne veut plus, il sera hors de question de vous décevoir.

 

Pour le plaisir, la vidéo officielle de l’épreuve.

https://www.facebook.com/trideauville/videos/639699969715314/

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