Bearman DNF : La marmotte qui voulait être un ours

Habituellement, je ne rédige pas de CR sur un DNF (j’en ai pas des masses non plus), mais cette fois j’ai envie.

Les Aventuriers

D’abord ce type d’épreuve c’est avant tout une aventure humaine. Et pour une aventure, il y a des aventuriers. D’abord les aventuriers volontaires. Mes parents bien évidement. Volontaires et enthousiastes a chacun de mes Iron-Man. D’une efficacité redoutable. C’est bien simple, je monte dans le camping-car, descend, je fais ma course et je remonte dans le camping car. Entre les deux « le gamin » a juste a profiter du trajet, de la cuisine, de la logistique et le reste. Pour cela je ne dirais jamais assez merci. Christine qui s’est déplacée cette année dans les Pyrénées et qui a piloté sur des routes (no spoil) pour me suivre dans la montagne. Ludy et Marc qui sont venus en pas tout a fait voisins pour m’encourager. Les aventuriers involontaires que sont Sandra et les enfants et qui subissent ce qu’implique une telle préparation (temps passé a l’entrainement et sur les courses de préparation, organisation pour la semaine de courses, menus…). Ainsi que tous ceux qui gravitent plus ou moins près et qui vivent ou subissent ce sujet en écoutant (ou juste font semblant) les discussions, m’encouragent, s’extasient, ou juste s’intéressent. C’est toujours impressionnant de voir comment une « simple » course fait parler. Merci a toutes et tous.

Allez trêve de bla-bla on passe au CR

« Vous avez tous votre place a l’asile ! » Ludy

Le départ natation est très impressionnant. Pour les participants certes mais pour les spectateurs encore plus je pense.

Contexte, il est 6H30, il fait nuit noire, on aperçoit pas l’eau, on distingue des lumières sur des bouées aux 4 coins du plan d’eau. Dans le parc on est un peu moins d’une centaine. Je suis arrivé vers 5H15. Le check-in est assez rapide, de toute façon on ne voit rien ! Je commence a préparer mon matériel, installe mon vélo, mange un peu, commence a placer mon matériel. Premier coup de pression, je ne trouve pas mon bonnet de bain. J’essaie d’appeler au camping pour savoir si quelqu’un le trouve et de voir avec l’organisation si il en ont un en plus. Petit coup de panique, j’ai mis plus d’une heure a préparer le matériel hier, comment j’ai pu passer a coté ? Je revide tout, et le trouve finalement au fond d’un des sacs de l’organisation, au même moment ou Papa me rappelle pour me dire qu’il ne le trouve pas au camping. Avertissement sans frais !

Briefing au micro de l’orga et des arbitres, on se rapproche de l’heure du départ. Donc chacun termine d’enfiler sa combi (eau a 24°) et de mettre son bonnet avec une petite lumière dedans. Bah oui c’est la que ca devient drôle. Nous avons tous une petite loupiote dans le bonnet afin d’êtres vus. Les spectateurs ne voient donc que ces lumières bouger dans l’eau ! Départ dans l’eau, dans quelques minutes, on s’aligne, le feu de bengale s’allume, il reste reste 1mn.

Pan ! Top départ !

Je suis tellement concentré sur la natation et sur le besoin de trouver des repères dans le noir, que j’oublie presque de profiter de l’instant. J’y suis, j’ai attendu ce départ depuis 1 an, et je viens de passer a coté. Pas de poussée d’adrénaline particulière, juste de la concentration. Et il en fallait. 1 tour dans le noir complet. A tel point qu’a la fin du premier tout j’ai failli me taper ….une ile ! Oui alors hors contexte cette phrase ne veut rien dire, mais essayez donc de nager dans le noir vous !

Le jour commence a se lever au début du deuxième tour, je commence a distinguer les bouées un peu en avance. Je me sens bien j’ai un rythme correct et le jour commençant la natation se termine, presque trop vite.

Au moment de me relever les sensations sur les jambes sont bonnes, je regarde la montre, 1H16, je suis dans les temps que je m’étais fixé donc tout va bien. J’essaie de trouver mes supporters qui étaient là avant le départ, je ne les voient pas. Je vais me changer pour commencer le vélo, mange un peu, le cameraman me filme un peu, je jette ma combi dans le sac décroche le vélo et en route. Le speaker annonce mon nom a la sortie du parc, et j’ai comme un écho mais avec une autre voix, une voix connue. Ah oui mes supporters me courent après. J’ai appris ensuite que de toute façon ils ne voyaient rien et qu’ils étaient partis faire des sandwichs ! Ils sont donc revenus juste a temps pour me voir partir.

« Même la voiture elle a du mal » Papa

Début du vélo, quelques kilomètres de plat avant d’entamer la montée. J’ai reconnu le début la veille et constaté que le D+ au début est moins violent qu’a Embrun. Par contre Embrun on montait sur 8Km avant d’arriver sur un plateau, la on part sur 30Km. Donc je monte. Il fait beau et doux. La voiture suiveuse me double régulièrement. Je me fais doubler par quelques coureurs. De temps en temps un petit replat permet de soulager les jambes. J’arrive au Col D’En Xatard, je bifurque et monte encore un peu. Puis la descente commence. Mais moi qui pensait me venger de ces dejà deux heures de route déchante rapidement. La route est dégradée. Impossible de prendre de la vitesse. Entre les virages serrés et la qualité du bitume je doit rester hyper concentré et très tendu. Et moi qui pensait descendre jusqu’à Amélie, c’est raté. On reprend des passages de montées entre deux descentes. En somme, je ne me repose pas et je ne m’amuse pas dans la descente. Je m’use, certes moins que dans la montée, mais durablement.

« Avant qu’il pleuve » Christine

Retour a Amélie-les-Bains, Km 50. Je retrouve mes accompagnateurs près du parc a vélo. Je mange un peu et on fait quelques photos. Tout le monde est encore frais. il fait encore beau. Inquiétude de la pilote du jour car pour repartir la route participants et la route accompagnateurs n’est pas la même. Je repars en repassant devant le parc/gymnase de T2. Je vois des participants qui s’y arrêtent. On a le droit d’y rentrer récupérer du matériel (une des particularité de l’épreuve). J’estime ne pas en avoir besoin. J’ai encore de la nourriture dans les poches et je prévois d’être au prochain ravito bouffe vers 14H.

Je repars donc sur du quasiment plat pendant plusieurs km, on sort d’Amélie, traverse Arles-sur-Tech et on commence a remonter. En recommençant a rouler j’entends un claquement a la roue arrière. Je m’arrête vite fait et remarque que j’ai cassé un rayon. Certainement un choc lors de la descente sur Amelie Je le laisse comme ca pour l’instant. 25 Km de montée pure, et dure. Le temps passe plus vite que les Km. Je monte doucement. Le ciel se couvre maintenant. Que dis-je, se bouche. On aperçoit plus du tout les sommet. Christine me glisse en passant « vite avant qu’il ne pleuve ». Déjà je fais ce que je peux, et puis je me suis fait a l’idée, on va prendre la pluie. On ne sait pas encore combien, mais on va en prendre. J’arrive au dernier virage de la montée, la voiture est la. Je vois des coureurs qui étaient juste devant moi commencer a redescendre. Redescendre…j’ai vu l’état de la route en montant, je sais déjà que je vais galérer surtout si il pleut. Je ne suis donc pas si loin du sommet. Par contre le dernier bout est hyper raide. J’arrive en haut. Demi tour et arrêt tout de suite à une fontaine. Je rempli les gourdes, mange, enfile le K-Way et démonte le rayon cassé. Le bruit m’a fait chier pendant 2 heures et puis j’ai peur qu’avec la vitesse de la descente il ne vienne claquer sur le cadre. Je repars, retrouve la voiture au premier virage (le dernier de la montée, faut suivre 🙂 ). Je m’arrête discute 2 mn et entame la descente. Quelques minutes de descente et mon pneu avant éclate. En ligne droite heureusement. J’arrive a maitriser le freinage mais pas la frustration. Je hurle seul dans la montagne. Ca ne sers à rien. A par évacuer un peu. Mes accompagnateurs me retrouvent donc a la sortie d’un virage, en bord de route, vélo a l’envers. Ils ne peuvent pas s’arrêter car la voiture gène. Donc je leur dis que tout va bien et qu’ils peuvent aller déjeuner. Mais clairement intérieurement c’est compliqué. Je ne peux réparer que deux fois, si je ne m’applique pas ici, je met en péril l’épreuve. J’ai les mains froides d’avoir commencé la descente et je dois vraiment me concentrer pour être certain de ne pas faire n’importe quoi. Je savais que la descente ne serait pas reposante, je viens de comprendre qu’elle serait galère. En effet je repars et il commence a pleuvoir. Je double la voiture arrêtée sur le bord de la route, et la famille mange. Moi j’ai la dalle et je suis au Km 90. Il m’en reste 30 avant le ravito. Vu mes temps de passage, je sais que je serais clairement pas dans les temps prévus. Je m’arrête manger une barre quand je trouve un abri car la pluie commence a forcir. Le temps de manger, ce n’est plus de la pluie mais de l’orage. En quelques minutes les caniveaux dégueulent. Je suis déjà trempé, à quoi bon se cacher. Je repars. Ah non fausse alerte, j’ai déraillé en m’arrêtant la chaine est coincée entre le pédalier et le cadre. Tellement coincé que je met quelques minutes à la remettre

Je ne vois pas grand chose, j’ai de la buée sur les lunettes. Je freine beaucoup dans la descente et relance peu. Je commence également a avoir mal au poignet gauche. Je me dis que c’est la montre qui me gène. J’essaie de ne pas y penser. Je suis bien content d’avoir des freins a disque, même si ils couinent fort sous la pluie. Je redescend vers « Le Tech ». J’ai un autre participant derrière. Je le sais ses freins couinent aussi :-).

Arrivé a « Le Tech » il y a bénévole pour m’indiquer la route, mais il se trompe de route ! Donc je pars a gauche, me fait rappeler par mon copain de couinage, demi-tour, et on repars a droite. Je vois un panneau « Prats de Molos ». Le temps de me dire « cool bientôt la bouffe » et je remarque le fléchage de la course qui part a droite « Col de Sous ». Fait chier. J’en peux plus de monter, j’en peux plus de la pluie et je commence sérieusement a me demander ce que je fous la. Je serais quand même mieux sur mon canapé !

Mais il faut monter alors je monte. Mon copain de galère s’est arrêté manger un bout au début de la montée du col de Sous. Donc je monte seul avec la pluie. Je rattrape un binôme. Je suis content. Mais il s’agit de participants du half, donc je ne sais pas si je dois être content. Contrairement aux autres ascensions je n’ai pas repéré spécifiquement cette montée. Donc je ne sais pas si elle fait 2km ou 10. Tout ce que je sais c’est qu’on a passé les 100 km de route et que le ravito est au 120eme. Mes supporters me rattrapent. C’est quasiment la seule voiture suiveuse que je vois et en plus maintenant je repère le bruit de la voiture de Christine. Ils me doublent, mais a priori eux aussi en ont marre. Les fenêtres ne s’ouvrent quasiment plus. La buée cache leurs visages. Je les récupère un peu plus loin, ils se sont arrêtés. Mais maintenant ils ne descendent plus de voiture, je vois juste une main sortir par la fenêtre entre ouverte. Ca me fout un coup de les voir au « chaud » pendant que je trime sous la pluie mais comment leur en vouloir. Ils étaient venus pour une balade sympa dans la montagne et ils se retrouvent a galérer plus de 10h sous la pluie. Malgré cela ils continuent de me suivre. Ils sont la avec moi. Je dois me servir de ça. De toute façon honnêtement il ne me reste plus grand chose d’autre.

« C’est dur ? » Maman

J’arrive au ravito de Prats de Molo, enfin. Je vais pouvoir manger du salé, enfin. J’arrive avec mon copain de couinage qui m’a rattrapé. On discute un peu, avec les organisateurs également. Lui il a fait l’épreuve l’an dernier, il me décrit un peu la fin du parcours. Il reste les 13km de montée du col d’Ares de la descente, une « petite » montée de 3km et tout schuss jusqu’à Amelie. Je l’écoute distraitement en mangeant et en prenant une boisson énergétique. D’autres participants arrivent derrière nous. C’est cool, je ne suis pas dernier. Ludy est partie chercher une boisson chaude. On discute aussi avec Papy qui m’explique que si je crève deux fois je devrais abandonner. Honnêtement je n’ai pas envie d’entendre ca maintenant. Je veux juste me dire qu’il me reste 60km de vélo dont environ 40 de descente. J’en profite pour desserrer un peu ma montre et a faire un peu bouger le poignet. Bon ce n’était pas la montre qui gênait. J’ai le poignet endolori et il devra rester comme ca. Par contre je repère que mon comparse a changé de K-way pour aborder la montée. Il en avait prévu un second dans son sac ravito. Malin ! Je pars sur la montée du col d’Ares. Il pleut toujours. Je me demande si je dois ouvrir mon k-way pour évacuer la transpiration ou le laisser fermé pour la pluie. Etre mouillé de l’intérieur ou de l’extérieur, tel est le choix qui m’inspire a ce moment. C’est dire ou j’en suis !

L’avantage de cette montée c’est qu’il y a des bornes tous les Km qui énoncent la distance et le dénivelé déjà parcouru, et comme je traine ma carcasse, j’ai le temps de calculer ce qu’il me reste. J’ai de vrais repères contrairement aux autres cols. Contrairement aussi aux marquages au sol de l’organisation qui ont systématiquement 10km d’avance par rapport a mon compteur. La voiture me redouble plusieurs fois. De nouveaux ils ne sortent plus de la voiture. Dernier arrêt a 3km du sommet, je m’arrête un peu a coté d’eux. Sors 2 ou 3 blagues histoire de me changer un peu les idées. On a mangé quasiment tout le dénivelé au début donc la cote est moins raide. Mais les cuisses elles sont dures. J’ai froid. On est a 1400m d’altitude. Je repars avec l’intention de finir vite cette ascension qui sera la dernière vraie. Avant la vraie descente. La route est large pour redescendre. Pas toujours propre mais au moins large. Je vais pouvoir au moins jouer sur mes trajectoires. J’arrive au sommet. Une personne de l’orga qui m’indique de faire demi-tour, mais attention, des voitures arrivent en face. Je m’arrête un peu en haut avec la famille, mais il fait froid et de toute façon l’horizon est tellement bouché qu’il est désagréable de rester en haut. J’entame la descente.

J’ai vu que le début de la descente était propre et large alors que le bas est large mais avec des passages de gravillons. Donc je m’applique en haut sur les trajectoires histoire de m’amuser un peu quand même. Je prend un peu de vitesse, mais du coup les doigts refroidissent. Je descend vite, j’arrive sur les passages sous les arbres et avec des gravillons. Par contre je ne sens plus les leviers de freins sous mes doigts. Je plie et je dose avec la réaction du vélo, mais mes doigts ne sentent plus rien. J’ai un reflux gastrique, j’ai peut-être un peu trop mangé au dernier ravito. Je m’en fout c’est la première fois de la course ou je m’amuse un peu ! Je reviens au ravito de Prats. Je m’arrête pour reprendre des compotes. Je ne tente même pas le reste de sandwich, l’estomac n’est déjà plus en état. Je ne reste pas longtemps. En repartant j’entend un des participant qui décide d’arrêter. Il est dans une couverture de survie et a l’air mal en point. Je me demande quelle tète je dois avoir. Ludy répondra a la question plus tard, en haut du col d’Ares je faisait peur !

Je repars donc direction Amélie, on suit une belle route, majoritairement en descente. Je reprend deux participants. Je suis soulagé de rouler un peu au calme, même si il reste la pluie. Et puis d’un coup le marquage au sol indique une bifurcation. Et merde on va encore aller sur de la route défoncée. Moi je voulais juste rentrer a Amélie et poser le vélo. J’ai le cul en compote, des douleurs aux adducteurs a chaque fois que je dois me lever de ma selle je souffre, et encore plus quand je dois me rassoir. A ce moment le mental est censé reprendre le dessus, mais je suis arrivé sur la dernière montée de 3km. Et la j’en ai marre de monter et de me trainer, j’en ai marre de prendre de la pluie a travers la tronche. Sous les arbres les grosses gouttes des arbres qui tombent sur mon casque rythment la montée Je laisse passer ce mauvais moment. De toute façon je suis au milieu de nulle part, dans la foret, sous la pluie, Qu’est ce que je peux faire ? J’arrive a un croisement qui reprend une route plus acceptable. Il y a une source, je reprend de l’eau car ça fait plus de 60 Km que je n’ai pas fait le plein des gourdes. Et puis je repars, encore. Maintenant je sais que je suis a 20km de l’arrivée, tout en descente. Alors Go. Je relance. Je relance même assez fort, grisé par la vitesse. Nouvelle intersection, on récupère une route principale. D’un sens c’est bien, d’un autre il y a plus de véhicules et je me fais allègrement arroser par ceux qui me doublent. Mais bon trempé pour trempé ! Je reviens a Arles-sur-Tech, entre dans Amelie, reprend la piste cyclable qui m’emmène au gymnase. Je commence a voir des participants qui sont sur la course, ça sent bon. Je vois l’arbitre près du gymnase, mais je dois me détendre les jambes avant de poser le pied par terre. Je lâche le vélo pour le laisser a un bénévole. J’ai l’impression d’avoir 80 piges. Les jambes durcies, le dos qui ne se redresse pas tout a fait, j’ai froid partout et surtout aux pieds. Je ne me rendais pas vraiment compte, mais marcher avec chaussures et chaussettes trempées me le rappelle.

Vélo fini, J’ai mis un peu plus de 11H pour 10H de déplacement, il est 19H passé soit bien plus que prévu. Allez, c’est fini ! Je vais m’assoir sur une chaise et préparer la CAP.

Je commence par me déshabiller le plus possible. Les chaussures, les chaussettes, les mitaines et le KWay. Bouger le poignet me fait mal, notamment quand je force sur les chaussettes et les mitaines. J’ai froid aux mains. Non j’ai froid partout. On est plusieurs dans le gymnase, certains en sont au même point que moi, certains sont a la moitié du parcours CAP et certains finissent. Mais tous ont ce point commun. La fatigue extrême que l’on lit sur les visages. Je remarque aussi que tout le monde se change. Ceux qui finissent le vélo retirent la tenue vélo. Ceux qui sont a la moitié de la CAP se changent aussi partiellement ou complètement, changeant même de chaussures. Ils ont tous prévu du matériel sec a différentes étapes de l’épreuve. Pas moi. Je suis en trifonction et je n’en ai qu’une. Donc je vais garder ma tenue froide et mouillée et juste changer ce qui va au-dessus. Je reprend une boisson énergétique mais je n’arrive pas a manger. Pourtant j’ai tout ce qu’il faut. Autant sur le matériel, j’ai sous-estimé, autant sur la bouffe j’ai vu large. J’enfile des chaussettes sèches et les baskets. Passe un coupe-vent et mon sac de trail. Deux flasques remplies d’eau dedans. Je ne prend pas de boisson énergétique, j’ai peur de ne pas la supporter. Je met la lumière dans le sac. Il fait encore a peu-près jour. Une casquette pour la pluie et Go.

« Allez David » Collégial

En sortant je croise la famille devant l’arrivée, étonnés de me voir la. Papy me raconte une histoire de GPS qui décorne, mais j’ai récupéré un peu a la pause, j’ai un sursaut de forme, je préfère partir vite. Ils crient « Allez David » alors le speaker reprend « Allez David » je fais le malin avec les bras en l’air et je cours un peu le long du Tech. 1km passe bien, je rentre dans la ville en passant devant des terrasses, ca me rappelle un peu Embrun. Je monte un peu dans la ville et d’un coup j’arrive devant un mur. Le parcours longe les Termes, je passe en marche, mais même comme ça je galère. J’arrive sur un chemin caillouteux qui monte sec aussi, mais qui en plus glisse. Il pleut toujours. Comme le chemin est impraticable, je pense a envoyer un message a Ludy pour la prévenir de mon heure de retour au gymnase. Je range le téléphone et je continue a monter. Je reviens sur de la route mais toujours étroite et de mauvaise qualité. Je longe maintenant des ravin. Il pleut toujours. Je m’en veut d’avoir mis un coupe-vent alors que j’avais un Kway dans mon sac. La nuit tombe, j’enfile ma lumière. Et je continue de monter, dans le noir, sous la pluie. J’essaie de courir un peu mais c’est compliqué, les cuisses sont raides. J’ai froid. Je croise des participants qui redescendent. Je ne suis pas franchement frais ni physiquement ni mentalement. A ce moment je reçois un SMS de Ludy qui me demande de préciser mon horaire de retour. J’essaie de l’appeler, mais la connexion est difficile. J’essaie d’envoyer un SMS mais avec les doigts mouillés sous la pluie dans le noir, je galère. Je fais une croix sur l’orthographe et la grammaire mais il faut que l’horaire passe bien. Si un instit relis ce SMS un jour, on me retirera tous mes diplômes ! J’envoie, remet le tel dans la poche et repars. Je suis dans de la foret toujours sur une route très étroite et très accidentée. D’un coté la falaise, de l’autre le ravin. Quelque temps après, je ressors mon téléphone par acquis de conscience et constate que le SMS n’est pas parti. Fais chier, ils vont peut-être attendre en bas alors qu’ils pourraient aller manger. Il est presque 21h et ça me taraude. Je monte toujours dans le noir et sous la pluie en réessayant régulièrement d’envoyer le SMS. Je passe devant des maisons, je me dit qu’ici je dois avoir du réseau, bah non toujours pas. Je relève la tète et aperçoit une lumière en altitude, mais loin et très haut. Et je réalise alors. Il n’y a pas d’autres raison possible de voir une lumière blanche qui sautille dans la montage qu’un autre participant. Mais ca me parait tellement haut et loin. Faut vraiment que je monte là-bas ? Je vous spoil : oui. Le moral de moins en moins bien, je continue de monter sous la pluie, au rythme des éclairs réguliers sur le massif. Toujours en train d’essayer d’envoyer mon SMS. D’un coup mon téléphone se met a vibrer, je reçois des notifications. Je m’arrête pour profiter de ce petit bout de réseau et envoyer mon SMS. Ca c’est fait, je suis un peu soulagé. Je vais pouvoir me concentrer sur moi. Et il y a du taf. Je croise encore régulièrement d’autres coureurs. Je suis encore dans la course. Mais maintenant on se croise en silence. Il n’y a plus d’encouragements. De toute façon, j’ai la gorge sèche quand j’essaye de parler c’est un râle rocailleux qui sort. Au détour d’un virage je vois une indication au sol. Demi-tour a 2km. Je reprend un peu de confiance. J’essaie de me concentrer la dessus. Demi-tour a 1km. « Allez bientôt tu pourras recourir dans la descente ». Demi-tour.

J’ai monté mes 10km ! Plus que 30 ! Je suis a environ 800m d’altitude enfermé dans les nuages a presque 22H sous la pluie. Je me les caillent ! Je repars en trottinant dans la descente, mais les cuisses sont très raides sur les appuis et la descente n’est pas reposante non-plus. Surtout que de nuit, il faut être concentré sur toutes ses foulées. Je descend et croise des participants qui montent. Je pourrais presque être content de savoir qu’il y a du monde derrière moi, mais je n’en suis même plus là. J’arrive à une source en même temps que deux coureurs que j’ai rattrapé dans la descente. J’essaie de leur parler, mais à priori ma voix et trop faible et ils ne m’entendent pas bien. Je me baisse pour remplir mes flasques et boire à la source. Et quand je me redresse, je titube. Un bon gros vertige des familles. Je titube encore un peu et zig-zag sur la route, en me rapprochant doucement mais surement du ravin. Je reprend mes esprits et repars en courant. Mais les cuisses ont de plus en plus de mal à me maintenir debout pendant la descente. Je reviens tant bien que mal sur la partie chemin. Mais ca glisse énormément, les cailloux sont toujours la et maintenant il fait nuit. Je glisse a plusieurs reprises. Mais la mes cuisses ne rattrapent plus mes appuis glissants. Je manque de m’écraser plusieurs fois. Je reviens sur du bitume, sur le mur à coté des termes, je ne peux quasiment plus fléchir mes cuisses et je descends les jambes quasiment tendues. Ca fait mal. Trop mal. J’ai toujours aussi froid. C’est trop, trop pour moi. C’est décidé, il me reste 2km avant le retour au gymnase, je ne repartirais pas. Je marche jusqu’à la. En arrivant au gymnase, je trouve quelqu’un de l’organisation, je lui remet mon GPS. Elle ne sait même pas si je suis finisher ou pas. J’appelle Ludy pour lui dire que j’arête et qu’ils peuvent venir me chercher. Je m’assied, c’est fini. Je suis presque soulagé, C’était un calvaire.

Pourquoi, Comment.

Apres quelques minutes a récupérer, je rassemble mes affaires essaie de changer ce que peux changer pour éviter d’être trop humide. Mais j’ai toujours ma trifonction trempée sur moi. Je ressors du gymnase avec mes affaires pour attendre le convoi familial pour récupérer le vélo, les affaires et la viande transie. Commence ainsi les questions sur le pourquoi je n’ai pas pu aller au bout. C’est normal mais c’est douloureux. Et puis à chaud c’est difficile de comprendre vraiment ce qui a conduit a l’abandon.

Bien sur je pourrai parler du parcours, de l’organisation plus que minimaliste de la météo, mais tous les participants avaient les même contraintes. Je pourrais parler du matériel, le développement du vélo inadapté, les tenues de rechange que je n’avais pas anticipé, certes.

Un peu moins d’une semaine après il n’y a qu’une chose de claire, je n’ai pas réussi a résoudre l’équation proposée par cette épreuve. Et pour ceux qui me connaissent qu’est ce que je fait quand je n’arrive pas a résoudre un problème : Je reprend mon crayon et je recommence.

2 Commentsto Bearman DNF : La marmotte qui voulait être un ours

  1. evelyne barthet dit :

    tu es mon champion

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